LA RÈGLE DE FOI ET L’'INITIATION
certains catéchumènes, peu doués de mémoire, l’auront-ils retenu P Ils y ont mis tant de zèle qu’ils ont réussi, car il ne semble pas que jamais un fidèle, sauf le cas de maladie grave, fût dispensé de la récitation intégrale du symbole. En dehors des réunions liturgiques où l’évêque « livrait » la règle de foi, il aura existé des répétitions à l’usage des mémoires mal exercées. IL fallait mettre la formule à l'abri des variations possibles auxquelles l’exposait le pullulement des sectes hérétiques ; on y arriva sans doute par une récitationimperturbable qui fixait le texte si bien qu'il eût été plus difficile de l’altérer que de ne pas l’altérer.
La période consacrée à l'épreuve des convertis du paganisme, du judaïsme ou de l’hérésie désireux de recevoir le baptême chrétien portait le nom de catéchuménat et se composait d’un ensemble de rites spéciaux et d'obligations morales bien déterminés. Le catéchuménat comportait trois degrés instruction théorique, formation à la vie chrétienne, pratique de certains rites déterminés. Telle est la discipline générale jusqu’au début du 1v° siècle. Durant cette période des origines, on ne distingue guère parmi les candidats au baptême qu'une seule catégorie : tous sont catéchumènes quel que soit leur avancement dans la préparation. A partir du jour où, par suite d'examens individuels, l'évêque ou ses représentants ont constaté les bonnes dispositions, ils ne sont plus, à proprement parler, des catéchumènes (« ceux qu’on instruit »), puisque leur instruction est terminée : on ne fait plus que les préparer à la réception immédiate du baptême. Cette manière de procéder s'accorde bien avec l'usage, constant à cette époque, de donner le baptême toute l’année, sans préférence pour telle ou telle solennité liturgique, avec une tendance toutefois à en réserver l'administration au dimanche.
Le baptême introduit le nouveau chrétien dans l'Eglise. IL s'y est préparé par la prière, les veilles, les jeûnes, la confession des péchés, le renoncement au monde et au démon.
Le baptême peut être donné aux enfants, et dans ce cas des parrains s’engagent en leur nom; Tertullien y est peu favorable ; saint Cyprien, au contraire, le recommande. Dans le plus grand nombre de cas ce sont des adultes qui se soumettent au rite baptismal. Toute eau peut servir à baptiser et la formule est celle employée par le Christ lui-même.
Le droit de donner le baptême appartient en premier lieu à l’évêque ; aussitôt après l'immersion dans la piscine, immersion réitérée trois fois, le baptisé communie au corps et au sang du Seigneur. L’onction et l'imposition des mains suivent le baptême.
D'une Eglise à une autre Eglise des rites diffèrent, mais l’armature se retrouve identique partout et c’est ce qui permet, à condition de s’en tenir aux lignes principales, de tracer une sorte de tableau de la vie chrétienne primitive qui a offert des traits d'identité nombreux et certains sur les points essentiels. À la condition de ne pas forcer ces traits, on retrouve quelque chose de la physionomie vraie des plus anciennes communautés chrétiennes.
tiens gardèrent l’année civile, tout se réduisait au
sacrifice, renouvellement de la dernière cène du Christ, encadré dans une réunion au cours de laquelle on lisait les écritures inspirées, on chantait des psaumes ou des hymnes, et on prêchait. De très bonne heure cela forma un tout où l’on distingue encore aisément aujourd'hui deux parties : avantmesse et sacrifice. Cette réunion s’attacha bientôt, de préférence, au lendemain du sabbat qui devint le jour du Seigneur. Chaque semaine rappela la résurrection de Jésus, associa son souvenir à celui de la cène et donna naissance à une pâque heb-
l’origine il n’y eut pas d'année liturgique, les chré-
domadaire d'où sortit le dimanche. De la périodicité du dimanche naquit la semaine chrétienneet la pâque annuelle devint le pivot autour ‘duquel se cristallisa l’année ‘ecclésiastique. La fête de la Nativité ne paraît pasencore observée à cette époque, maïs les anniversaires de la mort des martyrs, dont les fidèles prennent soïgneusernent date pour célébrer des réunions commémoratives, ébauchent déjà le cycle des saints. On choisit une sépulture aussi près que possible de leur tombe, leurs reliques sont entourées d’honneurs, les pauvres se partagent le painet les mets qu’on a déposés un moment sur la pierre qui les recouvre. Les fidèles qui sont morts sans avoir à confesser leur foi sont ensevelis avec de grands égards, leurs noms sont conservés et lus à la messe, leur anniversaire est célébré par la célébration du sacrifice. Ainsi s’esquisse le culte des saints.
Chaque dimanche est une fête et, en ce jour du Seigneur, il est défendu de jeûner et de s’agenouiller ; par contre, le mercredi et le vendredi sont jours de jeûne, de pénitence et de prière. Le vendredi est un souvenir de la passion du Christ, quant au mercredi, on n’en voit pas trop l’origine, maïs cet usage est déjà indiqué dans les plus anciens documents.
Certaines heures de la journée sont consacrées d’une manière spéciale à la prière, ce sont la 3°, la 6° et la 9° heure ; de plus, le fidèle doit prier le matin et le soir, avant le repas et avant le baïn. Mais ces obligations n’ont qu'un caractère privé ; conxme prière publique, on ne connaît encore que la vigile nocturne qui prépare au dimanche et les prières qui accompagnent l'eucharistie et l’agape. On ne prie pas seulement pour soi, mais pour tout le peuple chrétien, on fait mention des frères, des amis, de l'évêque, de l'Eglise entière.
L'assemblée chrétienne se tient de préférence avant l'aurore. L'évêque la préside ou, à son défant, un des anciens. On y fait des lectures, des chants, une allocution, une collecte «et la réunion se termine par une agape. Les lectures me comportent pas seulement les livres saints, mais encore la correspondance
courante reçue des autres Eglises et les pièces relatant le combat des martyrs. L’agape est un repas offert aux pauvres par les plus riches de la communauté, mais ces festins engendrent des libertés et parfois des désordres qui ne tarderont pas à entraîner leur suppression.
La réunion eucharistique a une tout autre importance. Le sacrement est accompli sous la forme du pain et du vin avec les paroles prononcées par Jésus lui-même ; on mêle de l’eau au vin dans le calice sur lequel est gravée parfois l’image du Bon Pasteur. Les fidèles reçoivent l'eucharistie dans la paume de la main et se communient eux-mêmes, un diacre offre le calice duquel chacun approche ses lèvres. La communion se prend à jeun, avec crainte et révérence ; aux époques où la persécution frappe des victimes, on la reçoit chaque jour à moins qu’une faute grave n’en rende indigne. Après la récitation de l’oraïson dominicale, les fidèles échangent le baiser de paix et se séparent.
Ges réunions sont parfois troublées par des manifestations d’un caractère difficile à déterminer. Des fidèles, hommes et femmes, se trouvent investis soudain de dons surnaturels et font entendre au mom de l’Esprit-Saint qui les inspire. Ce. expansions jettent quelquefois le trouble et on les désigne sous le nom de « charismes ». C’est un don gratuit, surnaturel et passager qui tombe parfois sur un individu grossier et se manifeste de façon abrupte etimprévue. Ces étranges phénomènes que nous avons peine à nous figurer, dont plusieurs nous apparaissent bizarres et même douloureux dans leur expression, n’ont pas laissé d'exercer une heureuse efficacité. Dans un milieu où la prière se haussait comme naturellement jusqu’à l’enthousiasmè lyrique et s’exprimait dans une veine littéraite toute neuve, tandis qu’on priait, qu'on lisait, qu'on chantaït, chacun pouvait prendre là parole s’il se sentait inspiré de le faire. L’illuminé se levait alors et prononçait, sous l'impulsion de l'Esprit, des paroles ou de simples sons sur
lesquels il est difficile d’avoir une opinion car rien ne s’en est conservé. Ces improvisations tantôt modulées, tantôt récitées sur le ton direct étaient conclues par l’assistance émerveillée qui criait: Amen! Il fallut vite discipliner cette inspiration privée afin d'éviter et même de prévenir de choquants abus. Le prophétisme et le don des langues étaient hautement estimés, la glossolalie réclamait un sérieux examen. Certains charismes se rapportaient aux services intérieurs de la communauté. Toute cette hiérarchie, spontanée et officielle, ne dura que peu de temps. Entre tous les charismes, le don prophétique était celui qui obtenait l’estime générale ; les autres furent absorbés de bonne heure dans la hiérarchie régulière, par exemple l’hospitalier, le moniteur, le didascale. Lentement, progressivement, l'Eglise incorporait dans la hiérarchie et l'administration ces forces dispersées ; seul ou presque seul le prophétisme garda une attitude indépendante, ne faisant d’ailleurs que retarder l'heure de sa disparition.
Les charismes, précieux stimulants pour entretenir la ferveur de petites communautés, devenaient impraticables et perturbateurs à mesure que s’établissait l’organisation définitive. À mesure que la conception catholique s’affermit et s’imposa, la conception charismatique et individuelle recula ; toujours respectable, elle cessait d’être utile, elle pouvait même devenir gênante. Le christianisme comprit la nécessité de se discipliner lui-même, de couper cette surabondante végétation. Les dons spirituels, restes d’une sève primitive bouillonnante, rentrèrent dans la discipline commune. Dès le m° siècle, ils étaient devenus si rares que la hiérarchie sacerdotale n’était plus contrariée.
Fossoyeurs, portiers, lecteurs, exorcistes en formaient les degrés inférieurs, utiles à l’éclat des cérémonies : diacres, prêtres et évêques administraient, instruisaient, gouvernaient. L'institution épiscopale donna aux Eglises locales une sorte de réalité plus concrète. Dès le milieu du r° siècle, l’épiscopat