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Assise à sa place accoutumée, de l'autre côté de la table, sur le petit canapé bas aux éclatants coussins duquel, avec une grâce immatérielle et légère, elle s'appuie sans s'y enfoncer, le buste souple et ferme, le coude droit dans la paume de sa main gauche, et la main droite, l'admirable et délicieuse main, effleurant, des fuseaux de l'index et du médium, la tempe fine aux tons de camélia blanc veiné d'azur ou lissant le bord du bandeau c[ui descend et se courbe sur son front impérial avec une si paisible majesté, ainsi la Princesse, dans la suprématie d'une pose exquise, nullement étudiée, qui lui est toute naturelle et familière, se tient immobile et les yeux clos.
S'est-elle assoupie? Par instants on pourrait le supposer, à voir le calme parfait et marmoréen de son visage aux magnifiques lignes, mais la main, l'incomparable main qui palpite, vit, descend jusqu'au lobe de l'oreille et caresse la perle noire, nous avertit avec la spirituelle et tacite malice d'un reproche que la Princesse est bel et bien éveillée, que nos
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silences ont tort et que le marchand de sâble n'a pas encore semé l'oubli dans ses yeux et sa pensée. Cependant, par déférence pour son recueillement, quelques-uns se lèvent avec d'infinies précautions et vont à l'écart admirer pour la centième fois les chefs-d'œuvre des mcdtres pendus aux murs : les Guardi, pétillants de vie et de lumière ; les Tiepolo carnavalesques et bruyants d'une allégresse napolitaine ; les solennels et empesés Fourbus, et l'extraordinaire tête d'homme de l'école espagnole à tignasse farouche qui^ de ses regards d'Othello noirs et profonds, contemple avec intensité tous les jours depuis tant d'années et sans jamais lasser son tourment, la Princesse assise en face de lui. Certainement il est jaloux de tous ceux qui l'approchent, et il voudrait, lui aussi, baiser le bout de ses ongles fins.
Bientôt, les conversations, étouffées et basses d'abord, montent de ton. L'enthou* siasme se contient mal : Que de belles choses ! quelle réunion de merveilles I .. . Heureusement que cette galerie unique de tableaux
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précieux et d'objets d'art, choisis avec tant de goût et d'amour, ne sera jamais dispersée I
Alors, la voix de la Princesse — cette voix affirmative, douce et coupante, et qui sait, en certaines circonstances, donner à la moindre de ses paroles le poids d'une irrévocable décision — détache ces mots : « Si, tout cela sera vendu après moi, tout. Je le veux. Sauf plusieurs legs que je ferai au Louvre. »
On se tait, comme après les catastrophes.
Nul n'ose se récrier, risquer d'inutiles, d'inconvenantes ou de banales protestations, et une vraie tristesse passe seulement sur tous les visages devenus graves, tandis que chacun, à pas lents, vient se rasseoir à la table ronde autour de la lampe en céladon bleu-turquoise de la Chine, et que la Princesse, mi-mélancolique, mi-souriante, bravant la désolation peinte dans tous les yeux, hoche la tête et maintient son idée : ce C'est comme çal »
Brusquement, avec un soupir qu'il s'efforce de faire confiant et presque joyeux, quelqu'un s'écrie : c( Bahl après tout, ce sera dans si
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longtemps, si longtemps I » Mais la Princesse n'admet pas davantage. Elle fixe — oh! avec quelle affectueuse et reconnaissante expression de bonté 1 — l'optimiste résolu qui a parlé, et, le doigt négatif, la lèvre plissée d'une petite moue dédaigneuse et résignée : « Non.
Ce jour viendra très tôt, mon ami, plus tôt qu'on ne le croit 1 »
— Princesse I Princesse I
— Bonne Princesse I
Ce jour est venu. C'est demain. Presque à la date anniversaire de sa naissance.
Quand on démeuble et qu'on vide — même longtemps après qu'il nous a quittés — la maison d'un mort qui nous fut cher, il semble qu'il meure une seconde fois et peut-être avec une plus cruelle réalité que la première. Tous les déménagements sont tristes. Mais que dire du dernier, de celui qui suit le grand départ et que ne surveille plus l'œil affectueux et inquiet du maître P Le désolant aspect des choses qu'il a aimées, touchées, au milieu desquelles il a
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vécu des années, aujourd'hni changées de place, emportées ailleurs par des mains étrangères, indifférentes, profanes ou mêmes respectueuses, peu importe, fait revivre un instant, pour nous, le défunt tout pensif, comme si son ombre navrée revenait dire adieu, ramasser une lettre tombée à terre, feuilleter le catalogue, passer une suprême inspection des objets inanimés auxquels il avait prêté un peu de son être intime et qui vont faire à travers le monde de nouvelles connaissances.
Alors, à propos d'un bibelot, d'un rien familier, on ne peut s'empêcher d'évoquer celui qui croyait posséder ce rien pour toujours. A chaque instant, nous ressuscitons Lazare.
Le moindre objet qui passe retrace un trait, raconte une parole du disparu qui a passé, yri n'a plus figure ni voix. Le couteau à papier montre sa main, le miroir son visage, le fauteuil ses gestes et ses attitudes. La plume qui se rouille nous rappelles on écriture , le livre i' élection la hauteur de son esprit, la bourse au fond du tiroir la générosité de son cœur.
Laisserons-nouspartir à la criée ces tableaux.
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ces marbres, ces émaux, ces porcelaines rares, tous ces merveilleux échantillons de beauté, parmi lesquels se mouvait, à Taise et dans son élément, la Princesse qui ne sera jamais pour nous lointaine, sans que notre pensée se retourne vers Elle qui était leur âme, le lien qui les rattachait tous les uns aux autres, qui leur communiquait, par rayonnement, la plus victorieuse moitié de leur charme et de leur éclat? Non. Il y a huit fois quinze jours qu'elle n'est plus; mais d'ici longtemps encore, il ne sera pas trop tard pour parler d'elle. Et à ceux qui l'ont connue, autant dire aimée, auxquels elle avait fait l'honneur de prodiguer son amitié incomparable, il sera ces jours-ci d'une apaisante douceur et d'un pieux dédommagement, entre les coups de marteau du commissaire-priseur et la proclamation des sensationnelles enchères, de retrouver pour quelques minutes, loin de la salle de vente, leur Princesse, assise comme à l'ordinaire sur son petit canapé de satin cerise, dans l'imposante ampleur de sa robe de soie à bouquets de violettes.
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Tout OU presque tout a été dit sur la princesse Mathilde et c'est pourtant encore un sujet neuf. Altesse, femme, artiste, dame, elle eut ce mérite, à une époque où, de plus en plus, tout se nivelle et s'égalise, de n'être banale en rien et de déployer, en se jouant, dans ce qu'elle entreprit, la plus loyale et pittoresque séduction. D'instinct elle était « particulière », originale avec simplicité si l'on peut dire, attirante par la netteté, la justesse et la belliqueuse franchise de sa parole en parfaite et continuelle discipline avec sa pensée. Nature foncièrement française, elle fut toujours frémissante aux plus hautes émotions nationales. Qu'une chose fût française, elle y courait, comme au canon. Qu'une brise de gloire, un souffle d^idées nobles passât seulement sur la plaine, pendant quelques minutes, la Princesse en était toute soulevée. La frêle et résistante enveloppe, où jusqu'à la fin son cœur de soldat battit la charge, aussitôt vibrait et tremblait d'aise comme un mât craque de joie aux ivresses retrouvées de la tempête, et il semblait alors, aux mâles ac-
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cents de sa voix que métallisait la fierté, entendre tout près voler des aigles. Elle avait une âme de drapeau.
L'éducation qu'elle avait reçue, les impérissables souvenirs et les récits d'épopée qoi avaient nourri et exalté son enfance n'avaient pas peu contribué à lui faire cette âme palpitante et cette façon de voir tricolore, tout comme elle devait le surprenant élancement et la raideur presque militaire de son buste que les années ne courbèrent jamais, aux Grands-cordons croisés de la Légion d'honneur du roi Jérôme son père, dans les larges bandes moirées desquels ses femmes de chambre avaient, dès le premier âge et pour qu'elle restât toujours impérialement svelte et droite, bandé sa jeune taille. Il lui en était resté quelque chose.
Les dons les plus opposés et qui semblent inconciliables, elle les réunissait et n'avait nulle peine à leur faire faire entre eux bon ménage. Us manœuvraient et lui obéissaient comme des troupiers.
Vive et sensée, impulsive et réfléchie,
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ardente et maltresse d'elle-même, passioimée en tout, aimant avec résolution la vie, goûtant avec une sincérité exempte de snobisme les joies les plus franches deTart, croyant le bien et constatant le mal sans l'exagérer par plaisir et l'excuser par faiblesse, elle réalisait ce perpétuel tour de force d'être une enthousiaste équilibrée. L'ordre, la dignité, l'harmonie étaient en tout, sous la primesautière apparence de son esprit indépendant et de ses ripostes légendaires, sa vraie marque. On en admirait la classique expression dans les pnres lignes ovales de son visage qu'on eût dit dessiné par Ingres.
On retrouvait cet ordre et cette harmonie dans la régularité de ses habitudes, la correcte et tranquille ordonnance de sa maison, l'âégante et personnelle discrétion de sa tenue, la mise au point et les moindres détails si soignés de sa toilette, la fidélité qu'elle garda toujours aux idées comme aux modes de l'Empire. D'une exactitude et d'une ponctualité qui désespéraient parfois son entourage, elle donnait l'exemple incessant d'une poli-
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tesse qui ne se pratique plus, au point de vouloir toujours répondre elle-même et entièrement de sa main à tous ceux qui lui écrivaient, amis, indifférents ou inconnus.
Sans doute elle était partiale, avec fougue et délices, et nulle mieux qu'elle ne s'en rendait compte. Elle essayait, autant qu'il lui était possible, de brider et de réfréner cet irrésistible et adorable penchant à soutenir quand même et jusqu'au bout ceux qu'elle aimait et dont elle se savait aimée. Elle y réussissait certains jours tant eUe avait au fond le sentiment de la mesure et la préoccupation de la justice. Et quand, une fois sur dix, on pouvait lui prouver que ceux pour lesquels elle rompait des lances avaient tort : a Je le sais bien, finissait-elle par déclarer en riant. Et c'est pourquoi je les défends. S'ils avaient raison, ils n'auraient pas besoin de moi ni de personne ».
Ellefîit (( la nièce de l'Empereur » avec le plus légitime orgueil et la plus haute des modesties. Elle eut le culte de sa gloire comme si
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elle en avait la garde. Elle aimait le Grand Homme autant et autrement que son père et que tout. Quand elle en parlait, ses yeux jetaient des lueurs, son front rayonnait de Téclatd une invisible couronne. Elle ne pouvait raconter les jours de Saint-Hélène sans pleurer, et elle montrait dans sa chambre — ainsi qu'une relique — la canne, sur laquelle s'appuyait, dans l'Ile maudite, le conquérant, les soirs oii il marchait au bord de la mer, face au vieux soleil d'Austerlitz et des Pyramides qu'il regardait sombrer dans les flots. S'il était question devant elle du tombeau des Invalides, elle tournait vers vous la tête et prononçait lentement : « J'en ai une clef ».
Enfin, par-dessus tout, elle fut bonne jusqu'à la perfection. A ses innombrables et rares qualités elle surajoutait cette vertu qui les ennoblit : la bonté. Elle était détachée d'avance de tout ce qu'elle possédait. Toutes les laçons de donner, elle les avait étudiées, elle les connaissait et les pratiquait avec la virtuosité la plus délicate. La bonté fut pour
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elle une science et un art. Satisfaire un désir d'autrui ne lui suffisait pas, eUe, il fallait qu'elle le prévint. On en était réduit à lui refuser sans cesse la seule chose qu'elle vous demandât : le plaisir de vous obliger. Incorrigible, eUe fut ainsi toute sa vie et, avec les années, elle n'avait fait que céder davantage au penchant &vori de son cœur. Épuisée par la maladie et réduite à rien dans ses oreillers, presque inerte, mais l'esprit toujours en lucidité généreuse, jusqu'à la fin elle pensait à faire des cadeaux, en dressait la hste dans sa tête. Elle voulait rendre le dernier soupir en donnant à tous, aux pauvres, à sa fiimille, à ses amis. Elle eût donné à ses ennemis. Et quand, aux approches de la mort, elle sentit qu'elle ne pouvait plus donner sur cette terre, elle essayait encore de bouger sur le drap ses belles et charitables mains, pour en faire au moins le geste.
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Un de ces derniers jours d'automne, tièdes et patines d'or, en pays de Quercy, à quelques lieues de Figeac, je pus me donner la joie que je m'étais promise depuis longtemps de connaître Assier, tout au moins ce qui reste de l'exquise et opulente demeure que se fit bâtir au seizième siècle, « Jacques de Gènoilhac, dit Galliot, seneschal d'Armagnac, grand maistre de l'artillerie, qui fut nommé grand escuier de France et cheualier de l'ordre de Saint-Michel par le Roy François premier i>.
Il était né en i466, en pleine odeur de la guerre, dont il prit tôt le goût ainsi que des
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romans de chevalerie, et devint avec les années un personnage fort considérable. Il vécut dans le compagnonnage des rois Charles Ylll, Louis XII et François P*^ sans parler de Louis le Onzième qu'il avait maintes fois arragardé et approché dans son enfance et il mourut octogénaire, chargé de richesses et d'honneurs, en son bel et gentil château d'Assier. Gomme il possédait de bonne heure de grands biens, il avait rempU sa maison des plus merveilleuses choses qui se puissent acquérir, tant en tapisseries tissées d'or et d'argent fin, armes, bahuts, coffres, vaisselles et verreries de Venise, qu'en étoffes de soie et de velours, brocarts, et tous les chefsd'œuvre du fer et du bois, du marbre et de la pierre.
Assier, dont les deux tiers au moins n'existent plus, n'est à présent qu'une ruine dans l'herbe. Mais les façades encore debout et la partie d'escalier à peu près intacte suffisent à faire comprendre ce que devait être la fastueuse résidence de M. le grand maître de l'artillerie, quand elle comprenait ses quatre
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corps de logis, ses quatre pavillons, sa chapelle et la forêt sculptée de ses hautes fenêtres, de ses clochetons et de ses corps de cheminées. Ce qu'on en peut admirer aujourd'hui est incomparable de magnificence et de grâce et telle porte à six colonnes surmontées d'une frise — si légèrement décorée de feuillages, d'oiseaux et de fleurs que l'on dirait une dentelle jetée sur la pierre rose — ofie le plus noble et le plus rare modèle de l'art français et italien de la Renaissance harmonieusement unis, fondus, mariés d'amour. Cette folie splendide coûta tant d'écus par centaines et par centaines de mille, que la jalousie des envieux s'en émut à la Cour et que l'on essaya de mettre M. le grand escuyer en fort laide assiette auprès du Roi, lui remontrant qu'il n'était pas possible que ledit escuyer ne l'eût point fort dérobé en ses États et qu'il lui fallait faire rendre ses comptes.
Le Roi fit donc quérir son seneschal et lui ayant dit de quoi il revenait le pria de a'expUquer. M. Galliot ne s'embrouilla point.
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Il convint qu'il était rentré pauvre au service de Sa Majesté et que s'il était à l'aise à cette heure, c'était à Elle qu'il le devait. Il ajouta qu'il avait épousé deux femmes fort riches et il termina en déclarant : ce C'est vous, Sire, qui m'avez fait tel que je suis ; c'est vous qui m'avez donné les biens que je tiens; vous me les avez donnés librement, aussi librement me lespouvez-vous oster et suis prest les vous rendre tous. Pour quant à aucun larcin que vous aye faict, faictes-moy trencher la teste si je vous en ay faict aucun. »
ce Ces paroUes tendres et douces de cet honnorable vieillard, nous conte Brantôme, attendrirent si fort le cœur du Roy qu'il lui dit : (( Ouy, mon bon homme, vous dictes « vray ; aussi ne vous veux-je reprocher et a oster ce que vous ay donné. Vous me le (( redonnez et moy je vous le rends de bon « cœur. Aymez-moy et me servez bien tou- (( jours comme avez faict et je vous seray Ci toujours bon Roy. » Et par ainsy, conclut l'aimable chroniqueur des capitaines, les envieux du grand homme furent bien estonnez.]»
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Galliot, d'ailleurs, ne dissimulait point sa considération pour les biens de ce monde, ainsi qu'en témoigne la devise d'une franche et arrogante impudence qu'il s'était choisie et que l'on retrouve partout inscrite sur les vieux murs qui l'ont abrité: laime fortune. H l'aimait et ellele lui rendit, de toutes les manières.
11 ne craignait pas les louanges et les flatteries pompeuses et il lui plaisait fort que sa gloire et ses hauts faits fussent publiés avec éclat et même un peu d'emphase. On peut voir à la Bibliothèque Nationale la copie d'une des innombrables tapisseries qui étaient à Assier. Elle montre censément Hercule enfant, sur un lit de repos drapé de pourpre et dont les pieds figurent des pattes de lion. Le jeune dieu — et vous pensez bien que ce n'est pas celui de la mythologie ? — étouffe en souriant deux serpents écaillés, un de chaque main. Tout le long de la bordure alternent les grenades enflammées, les couleuvrines et la grande épée de M. le capitaine, autour de laquelle s'enroule avec art le ceinturon lourd d'orfèvrerie.
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Ce motif se retrouve également sur le mur de clôture de l'église d'Assier, où un cordon de beaux bas-reliefs retrace les exploits de M. Galliot. C'est là, dans ce paisible sanctuaire, qu'il avait fait élever lui-même par avance son tombeau en i547. ^ ^* *'y rendre à merci Tannée suivante. Il est représenté, dans un encadrement formé par des colonnes soutenant un fronton, debout, entouré de ses engins d'artillerie, tandis qu'au dessous, sa statue couchée dort sur la pierre du sarcophage. Il avait, quand il trépassa, quatre-vingts ans. Un superbe émail nous a transmis l'image du vieillard magnifique. Avec ses somptueux habits, sa carrure de podestat, sa haute taille, sa barbe blanche de Moïse, il a vraiment grand air et l'on s'explique sans peine les libéralités et les faiblesses de dame Fortune et de toutes les autres pour lui.
Mais quelle abondante et agréable retraite il dut chauffer au soleil du Quercy dans cette maison royale, au milieu des siens dont il était le patriarche encore guerrier, honoré
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d une cour d'anciens compagnons, bons, et finets, avec qui, dans le temps, il avait sué sous le hamois et fait le dégât en Italie!
Quelles puissantes et savoureuses joies n'éprouvait-il pas, quand il tournait bride en sa mémoire, à se rappeler les instants fameux de sa vie si longue et bien employée? Par M. Saint-Michel, qu'il avait vu de chosest et de toutes couleurs I Depuis les grandes coiflTes de M'"® Anne de Beaujeu, quand il était page de Charles VIII, à dix-sept ans, que le poil blond lui moussait, et la première fois qu'il s'était rué au feu, à Saint-Aubin, dans la guerre folle contre M. le Duc d'Orléans, et cette jolie bataille de Fomoue, les ardentes Milanaises, les lances brisées, jusqu'aux rudes et glorieux coups de Marignan. Ah 1 qu'il avait eu de peine à Pavie, quand malgré ses eSorts, les lansquenets allemands bousculèrent sa belle artillerie qui ne put plus jouer !
... Alors, sa pensée s'attardait à ranimer lessouvenirs de cet hiver de i535, au siège de la ville lombarde, le Roi s'amusant, remettant
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à demain, l'armée exténuée de froid, travaillée, soudoyée par les agents de Pescaire, la défection des cinq mille Grisons, quatre jours avant de se heurter. . . et puis la mêlée, le fracas des bâtardes, les estocs rougis, le Roi tout mouillé de sang, avec des mains de vendangeur, remettant son épée à Lannoy qui la reçoit à genoux sur un talus de morts... Et, ensuite, les jours de captivité dans la place, le pont de marbre couvert où sonnaient les timbaliers au couvre-feu, les eaux du Tessin qui roulaient des cadavres et des charognes, et la cathédrale où on garde en relique la lance de Roland, contre laquelle il avait été appuyer sa main et son front pour pouvoir dire en France qu'il l'avait touchée.
Et quand, à partir de l'an i546, il redescendait plus avant le fleuve de ses jours qui charriait aussi beaucoup de défrmts, M. Galliot portait malgré tout un cœur gros au milieu de ses richesses, ne pouvant pas se consoler de la perte de son fils, à qui il avait dit, comme il partait pour la guerre : ce Or, va donc, mon fils, quérir la mort en poste I »