DB PAVIE A MOUKDEN
et qui, en effet, l'avait querie à la bataille de CérizoUes.
De cela il demeurait tout dessoleillé, la main dans les blanches laines de sa barbe, arregardant d'un œil pâle où gouttait une larme d'arrière-saison les canons vomissant de petites flammes follettes sur la frise de son beau châtel.
Cependant, il fallut, à grand regret, quitter les nobles ruines sur lesquelles dansaient déjà les feux grégeois du soir. Nous jetâmes un dernier adieu à ces murs charmants devenus funéraires. Tandis qu'à quelques pas, sur la route, l'auto qui nous avait amenés retrouvait tout à coup sa valeureuse respiration, je fis sauter la bande du journal que je n'avais pas eu le temps de parcourir et qui était resté depuis le matin dans ma poche. Tout droit, j'allai « à la dernière heure », aux nouvelles de la guerre. Les armées russes et japonaises étaient aux prises sous Moukden... Une gigantesque bataille... près d'un
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millier de bouches à feu... le pluB formidable duel d'artillerie.
Malgré moi je levai les yeux pour interroger Fantique et sereine demeure qui ne me répondit pas. Mais il me sembla bien que l'ombre impressionnante de M. Galliot, pardessus mon épaule, se penchait pour lire, elle aussi, la a dernière heure » dont elle cuydait éprouver un immense effarement d'outre-tombe. De Pavie à MoukdenI Mon imagination se donnait libre cours. Elle avait du champ devant elle. Je songeais à l'effort mystérieux et tenace à travers les âges de cette race jaune qui avait découvert la poudre, aux premiers boulets chinois du xii^ siècle, faits de terre sèche et durcie, à l'artillerie presque enfantine de Crécy qui répandait la terreur et semait le carnage... Sur les vieilles routes de France, d'Allemagne et d'Italie, j'entendais ferrailler les convois de basiliques, de fauconneaux, d'aspics, de sacres et de pélicans. Le tapage de l'auto toute proche ne couvrait point leur roulement légendaire. Et je me disais que des deux