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de rindustrie? Toujours est-il que j'éprouvai, dès les premières minutes, une sensation de malaise qui ne se dissipa point.
C'était toujours ça, mais ce n'était plus ça.
Dans la piste, le cheval (r passant » me parut passé, démodé, périmé. Il avait ce je ne sais quoi de déjà ancien, de lointain, d un peu vieux jeu qui inspire la pitié, le regret et la rêverie. Il faisait songer à des choses d'autrefois. Il évoquait. Il datait. C'était moins une actualité, une force active d'aujourd'hui qu'un figurant, une reconstitution , un pastiche.
Allant, venant, trottant, sautant, c'était un animal de gravure, d'estampe et de tableau, une statue animée. Il rappelait des scènes pittoresques, légendaires, aimables ou héroïques du temps de nos aïeux. Il nous faisait souvenir des diligences et des postillons de Boilly, des chevaux d'officiers de Géricault et des chevaux blancs de trompette de Vernet. Et vous aussi, délicieuses amazones d'Alfred dé Dreux qui avez toujours l'air de courir les bois aux côtés d'Alfred de
lia LA VIE COURANTE.
Musset, il faisait à nouveau flotter vos voiles de gaze verte 1
Sans doute, il avait Tair vivant, ce cheval d'outre-tombe, mais c'était pourtant une ombre. Plus qaû ne le pensait lui-même et dans la vraie acception du mot, c'était bien un cheval « des Champs-Elysées » et même au plus beau de ses actions et de son travail, il n'était pourtant plus dans le train. Son galop ne me donna pas la même impression terrifiante de poids et de rapidité. Les obstacles qu'il franchissait : la barre, le mur, la rivière, les haies... me parurent jeux de poulains... Il semblait que l'assistance qui, cependant, ne partageait peut-être pas mon désenchantement, se désintéressât, elle aussi, du cheval, de ses pompes et de ses œuvres, qu'elle prît, aux manèges du noble animal, une attention plus légère et, dans le Grand Palais, aux plâtres encore mal essuyés, les sonneurs de trompe, comme gagnés par cette tristesse, envoyaient aux échos des bienaller moins convaincus et de plus molles Dampierre.
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Pourquoi? C'est que le cheval a vécu et qu'il est en train de mourir. Et même pas de sa belle mort. Il se prolongé et se survit. Le pétrole et rélectricité Tont tué. Il ne sert presque plus à rien. Il traîne les derniers fiacres des compagnies et les derniers troisquarts des dernières vieilles dames. Mais on ne le monte plus, en dehors de Tannée... Et qui peut prévoir ce que deviendra l'armée ellemême et si dans un siècle on verra défiler de la cavalerie P Combien de temps y aura-t-il encore des chevaux d'armes P La race héroïque en est déjà singulièrement déchue I Où sont les chevaux de guerre qu'on appelait <3C des mangeurs de baïonnettes i^ que rendaient tout frémissants les ra-fla des tambours» le cUquetis des armes blanches et le flottement des étendards P auxquels on faisait, après le coup, sentir et renifler par récompense le pistolet d'arçon fumant de poudreP Où sont les grands chevaux de bataille, de parade et de grâce d'autrefois? Le cheval de Henri IV qu'on appelait le Soleil? et l'Argentin, que montait Marie- Antoinette?
Ii4 LA VIE GOURANTE.
Us n*ont pas laissé de descendance. Et il n'y a plus de rudes chevaux de guerre, parce qu'il n'y a plus de guerre. Et plus de beaux chevaux de carrosse parce qu'il n'y a plus de carrosse... et plus de chevaux de chasse...
Si, pourtant... on chasse encore pour un moment... C'est un des derniers plaisirs aristocratiques épargnés et confisqués par la démocratie millionnaire. . . Mais avant cent ans y aura-t41 toujours des forêts, des dix-cors et des meutes?
La France sera peuplée d'usines et d'établissements syndicataires.
En attendant, chaque heure qui s'écoule accentue davantage cette discordance fatale entre le cheval et le temps présent. Au cheval, il fallait des rois, des empereurs, des princes, des princesses, une cour, des aides de camp, des grands veneurs et des escadrons de gentilshommes pourvus de fonctions équestres. Sans les galas, point de brillants équipages, et sans les Dauphins point d'écuyers cavalcadours.
Le cheval se prétait naturellement autrefois
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aux dépenses et aux parures. Le velours, le satin, la soie, Tor et l'argent, les pierres précieuses même le couvraient et l'ornaient.
Aujourd'hui que toute grâce et toute beauté se sont retirées du costume, de l'uniforme et du harnais, la noble conquête fait triste figure sous son cuir noir égalitaire et secoue avec amertume une crinière qu'on ne tresse plus de rubans d'amour aux couleurs de la femme adorée. Les timbres, les cloches et les mille aboiements des tramways, des cars et des automobiles de toutes formes et de tous genres couvrent le joli son clair de son sabot sur le vieux pavé du Roi. Et il agonise.
H y a bien encore le cheval de course.
Mais ce n'est pas un cheval. C'est autre chose, moins et plus. C'est un engin de jeu.
n disparaîtra aussi fatalement, lui et son jockey tanné, couleur de hareng saur, et on trouvera mieux pour gagner plus vite encore plus d'argent.
En somme, à part quelques originaux plu-
Il6 LA VIE GOURANTE.
sieurs obèses et un peloton de messieurs fidèles, à coupe de favoris second Empire, (jui ont connu Gora Pearl et Mackensie, personne ne monte plus au Bois le matin.
Les étriers sont coupés. L'auto tient partout le haut de la chaussée, au grand désespoir des éleveurs.
Les jeunes gens, qui jusqu'à ces dernières années, quoique sans une profonde conviction, galopaient cependan leur cob à l'allée des Poteaux, ont fait écurie nette et ont acheté une machine soufflante et hoquetante sur laquelle ils abattent presque quotidiennement, en tenue de Samoyède, quinze à vingt lieues de course vertigineuse et de ravage à travers les campagnes. Le tant-de-chevaux a remplacé le cheval. C'est la loi. Il faut aller vite surtout, sans savoir où l'on va, pourvu qu'on aille, et sans pressentir où et quand on s'arrêtera. Sage bécane I Gomme déjà tu es n marquée y>\ Tu es devenue un outil de bourgeois, de calme rentier, bon pour les séants sédentaires, ou pour les employés des pacifiques administrations dont la règle est