CONCOURS HIPPIQUE. I
de ne point se hâter, telles que les postes et les télégraphes.
En politique on a perdu également le dernier espoir de voir désormais qui que ce soit tt monter à cheval d. Il ne saurait pas de quel côté s'y prendre. Non. Si un inconnu doit déboucher demain dans l'histoire de France, c'est en teuf-teuf qu'il franchira, tout cornant, le portail du palais de TÉlysée. Attention I curieux que l'avenir préoccupe et amuse ! La meurtrière et sinistre machine aux bielles de locomotive, aux roues de caoutchouc qui roulent et tuent sans bruit comme quand on passe sur du fumier, le disgracieux chariot, colossal, traître et mou, aux lanternes de bureau de tabac, n'a pas dit son dernier mot, il nous réserve de gentilles surprises.
Nous le verrons jouer son rôle dans la guerre civile, dans l'émeute des rues et des bois. Il se rira des inoffensifs gardes de Paris et de leurs gros moutons de percherons, il renversera, défoncera les brigades d'agents et traversera un jour d'orage la place de la Concorde redevenue place de la Révolution, à
Il8 LA VIE GOURANTR.
une allure de cinquante à Fheure, jusqu'à ce que ses pneus surchauffés éclatent au bout du fossé dans la boue et le sang populaires.
Cejour-là,trottera-t-il encore des chevaux?
Je ne crois pas. En bien petite quantité dans tous les cas. Ils seront devenus des curiosités, passées à l'état de bibelots rares et qui feront prime à la salle des ventes. On se les disputera comme un Watteau ou une pâte tendre, et quelques amateurs de belle science hippique, des maniaques de haute école les acquerront à prix d'or pour les enfourcher dans le fond de leurs demeures, en des manèges écartés, toutes portes closes, et se livrer là, sur la douceur d'un sable fin et doré comme celui d'une grève bretonne, aux délices de la courbette, du mézair et de la balotade. Ces animaux chéris et choyés, derniers modèles d'une race éteinte, auront des crinières tressées et des croupes ornées de rubans, comme jadis.
C'est le temps où on ira sous l'eau et dans les aîrs.