La vie d'Edgar A. Poe
Sans la guerre, ce livre aurait paru durant l'automne de 191A. L'auteur avait achevé de récrire, V éditeur en avait reçu le manuscrit vers la fin du mois de mai. L'attention générale était absorbée; Véditeur ni Vauteur ne songeaient à poursuivre leur œuvre commune; leurs préoccupations étaient celles du public.
Tant et tant de mois se sont écoulés. Certes nul ne se désintéresse des infortunes, des anxiétés universelles, et, au milieu de la tourmente, d'égales espérances attirent vers l'aube d'un avenir plus radieux. Mais chacun a repris ses habitudes dans la mesure du possible, et son labeur coutumier. On travaille; la pensée, l'art tressaillent du prestige qui au-
trefois les enveloppait. On écrit, jusque dans les tranchées de première ligne. Peut-on, à l'arrière, mener une existence oisive et inquiète, abandonner le dessein de produire, abdiquer toute activité intellectuelle ?
J'apporte en faveur d'Edgar Poe, martyr de son temps et des préventions de ses contemporains, un plaidoyer fervent. Son œuvre, discutée, méprisée tant qu'il vécut, ne rencontre plus de détracteurs aveugles. Des travaux très nombreux, en France, en Angleterre, en Amérique, la publication d'une partie de ses lettres ont montré sa vie dans une lumière plus éclatante. Le mystère se dissipe. Les biographes et commentateurs évoluent peu à peu. On n'ose plus le frapper d'ignominie sans quelque atténuation. John H. Ingram, seul jusqu'à présent, s'est permis de lui être entièrement sympathique, pitoyable, indulgent, et même de l'admirer. Il a défendu sa mémoire avec une énergie toujours en éveil, mais le loisir ne lui a pas été accordé de mettre en œuvre, dans la poursuite de ce but, les documents les plus récents et les plus révélateurs.
J'avais espéré qu'il donnerait à l'effort que