‹ La vie d'Edgar A. PoeChapitre 7 sur 19 · I. LE CORBEAU · texte numérisé non relu

I. LE CORBEAU

Corbeau, des états obscurs

Sur le rivage plutonien de la Nuit,

Souvent j'entendis tes ailes poussiéreuses Onduler et voltiger autour de ma porte —

Je vis l'ombre de tes ailes

Flotter sur le parquet de la lune éclairé !

Souvent, des bois de chênes jetant leur ombre Autour de quelque obscure tour ancestrale

Qui se mire dans le lointain lugubre, — Quelque haute tour solitaire —

Je puis entendre ton cri d'orage qui traverse L'heure de la mi-nuit désolée.

Quand la lune est au zénith

Tu hantes le manoir entouré de fossés Où la fleur marécageuse verdit

Sur les eaux, telles qu'un linceul Où la Maison Usher s'incline Et salue obscurément sa chute.

Là je te vois glisser sombre,

Je vois tes noires plumes onduler lentement, Te cacher au creux de ses croisées

Quand leur ombre au-dessous s'entrebâille Au maussade marais confiant

Le secret de leur douleur.

Je te vois, quand les astres brûlent

De leurs torches claires d'argent, Quand l'esprit de Ligeia s'élançant

Vers la vie terrestre, erre auprès, — Quand l'âme de Morella revenue

Magnifiquement soupire : Me voici.

Une fois, dans un royaume enchanté,

Dans une île lointaine des mers, Hanté de non-terrestres visions,

De mélodies non-terrestres, Où la lumière du soleil le soir biaisait

En or à travers les arbres du jardin,

Où la lumière rêveuse de la lune s'assoupit

Où vivent les violettes précoces, Ecoutant aux clos argentés

D'un lyrisme trop aimé, Soudain, parmi les roses,

Comme un nuage ton ombre est tombée.

Une fois, où Ulalume gît endormie Tout contre l'étang hanté d'Auber,

Faisant avec les goules la vigile, En cette nuit de toute l'année,

Vinrent tes ailes retentissantes balayer A travers les bois sans feuille de Weirl

Souvent avec Proserpine je flâne Sur le rivage plutonien de la Nuit

Espérant, craignant, alors que je médite Sur ton aimée, perdue, Lénore, —

Sur les démoniaques doutes qui séparent Une âme d'une âme à jamais;

Confiante, bien que chargée de tristesse, Que, passé le noir rêve de la vie,

Sous quelque nom que la vierge Vive dans ton savoir mystique,

Eiros, dans ce lointain Aidenn,

Rencontrera de nouveau sa Charmion.

Page 1