‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 13 sur 50 · Printemps, livre II, pièce XV · texte numérisé non relu

Printemps, livre II, pièce XV

e l'on pourrait citer, vers faits pour |

car à qui les eùt-il montrés?) et où |

(Ihomme fait, de hug^enot, ilc mari même, — lui (|ui épousa de passion uuv IVmiiic (juil adora, — d'Aubigné portait gravé, en caractères indélébiles, le nom de Diane. Et ce nom parfois revivait ; et, s'il ne le faisait plus souffrir, il le faisait encore soupirer. Jusque sur le lit conjugal, aux côtés de sa lidèle épouse Suzanne de Lezay, il avait, lui le lidèle aussi, une pensée pour l'infidèle. Et c'est un étrange épisode, et mâle et superbe en son étrangeté, que celui auquel fait allusion le sonnet suivant :

Suzanne lu'écoutait soupirer pour Diane,

El troubla de sanglots nia paisible mi-nuit.

Mes soupirs s'augnienlaienl. et faisaient un tel bruit

Que l'ait parmi les pins la rude tramontane.

— Mais (juoi! Diane est morte! El comment, dit Suzanne, Peut-elle du tombeau plus que moi dans ton lil,

Peul bien son œil éteint plus que le mien qui luit? Aimer encor les morts, n'est-ce chose profane?

Tires-tu de l'enfer quelque chose de saint? Peut son astre éclairer alors qu'il est éteint. Et faire, du repos, guerre à ta fantaisie?

— Oui, Suzanne, la nuit de Diane est un jour : Pourquoi ne peut sa mort me donner de l'amour, Puisque, morte, elle peut té donner jalousie?

Tant il est vrai qu'Agrippa ne flattait point

Diane en lui promettant des amours immortelles; et (|U(', s'il est grand c(»nniie chantre des Tragiques, il mérite d être illustre comme amant de Diane de Talcv. Il lui manquait, pour être héros compli'l. d'axoir clc Ix'ros de Inmour. 11 le fui.

m LE COMPAGNON DU BÉARNAIS

« J'ai aidé, quoi que je die, « A jouer la tragédie « Des Français par eux défaits :

« Page, soldat, homme d'armes, « J'ai toujours porté les armes « Jusqu'à la septième paix. »

(D'AuBiGNÉ, Odes).

LE 6 juillet 1573, la paix de la Rochelle, aussi « boiteuse et mal assise » que les précédentes, calmait pour un instant l'effervescence qui avait suivi la Saint-Barthélémy, et mettait fin aux « quatrièmes guerres ».

A ce moment précis, un maître d'hôtel d'Henri de Navarre, Estounau ou Estourneau, lui signala le fds de l'ancien chancelier de son père, et lui conseilla de s'en servir

« comme d'un homme qui ne trouvait rien trop chaud' ». Henri prit aussitôt d' Agrippa pour écuyer. Ce simple incident devait faire époque, tant dans la vie de d'Aubigné que dans celle de son maître. Un grand rôle est réservé à ce jeune écuyer, qui va devenir le bras droit de son prince, et qui, à certains jours, sera sa conscience. Son entrée brusque, à une telle date, dans la vie d'Henri de Navarre, ressemble à un de ces faits que d'Aubigné appelle volontiers « providentiels ».

L'heure était cruelle pour le roi de Navarre. En 1573, son parti était décapité. Guerre, massacre ou poison, la première génération des chefs, bonne pour le conseil, meilleure pour le oombat, était fauchée : Condé, lâchement égorgé entre ses deux gardiens, après la charge folle de Jarnac; Coligny, assassiné à Paris, dépecé à Montfaucon;Dandelot, surnommé par les armées (( le chevalier sans peur », mort subitement à Saintes, d'une fièvre suspecte; Chàtillon. dis-

1. D'Aubisné a lui-même qualifié dans les mêmes termes le comte| de Brissac [Hist. Univ., t. 1. p. 384).

paru, ot vingt autres. Jeanne d'Albret enfini « n'ayant de femme que le sexe, l'àme entière es choses viriles, l'esprit puissant aux grandes affaires, le cœur invincible es adversités * », subitement enlevée à son fds, presque à la veille du mariage qui faisait d'Henri de Navarre le beau-frère du roi de France. Un grand vide sanglant environnait les timides du parti.

Non moins grand, le vide qui s'élargissait à la cour autour d'Henri ; sinistres entre toutes, les figures qui parfois le traversaient. Depuis les menaces terribles de Charles IX dans la nuit de la Saint-Barthélémy, ce roi, prince du sang, beau-frère du roi de France, était prisonnier au Louvre, plus étroitement captif que s'il eût eu les fers aux pieds. Ses paroles étaient observées, et même son silence. Son unique ressource était désormais son codétenu à la Cour, son autre beau-frère, François de France, duc d'Alençon, suspect lui aussi, quoique pour d'autres motifs. La communauté du danger leur créait à cette heure une intimité fausse, leur commandait une

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