‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 23 sur 50 · Hisl. Univ., t. II, p · texte numérisé non relu

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as AGRIPPA d'aUBIGNÉ

d'anciens régiments ; il rassemble ainsi environ 2.000 hommes, encède les trois quarts à d'autres jeunes chefs, garde 500 hommes, avec lesquels il s'empare d'Olcron. Et aussitôt, c'est Coutras, la bataille huguenote par excellence, livrée avec l'allégresse de la foi, après la prière devant toute l'armée agenouillée, au chant du psaume CXVIII que d'Aubigné entonne à la tète de ses troupes :

« La voici. l'Iieureuse journée!... »

Coutras, oij fusa l'héroïsme gai d'Henri, piquant ses hommes de plaisanteries joyeuses, courant follement au danger. et saisissant à brasle-corps Chàteaurenaid en lui criant dans un rire cordial: « Rends-toi, Philistin! »

Un accident sépare un instant maître et serviteur. D'Aubigné, blessé, est pris et mis à lombre par les catholiques. Henri s'afflige, cherche à le faire élargir, y j)arvienl. Mais, en homme pour qui il n'est point de petits profits, il vend Oléron, que d'Aubigné avait acquise à la pointe de l'épée. et en fait argent durant la captivité de

son titulaire. D'où grosse rancune de d'Aubigné lors de sa mise en liberté, car il avait l'bumeur plutôt prenante que donnante; et violente indignation cbez les pasteurs de la Rochelle, qui tancent leur maître. Tant il est vrai que d'Aubigné passe dt-jà pour le chevalier sans reproche de la Cause, Mais Henri, dont on devine aisément le fond, « supporta le tout avec une merveilleuse patience ». Que dis-je ! Ce malin prince, plus roué dix fois que la vieille Catherine, trouva moyen, malgré les duretés qu'il entendit à l'Assemblée de la Rochelle, de tout calmer et réconcilier. Il avait dès lors sa police secrète, savait « tout de tous », et se comportait en conséquence. Armé du don de plaire comme d'un talisman, il faisait à propos les gestes qui devaient le rendre à tous irrésistible. L'un de ces gestes fut la communion, à laquelle « il se composa au contentement de tous ». Il « se composa » ! Ce mot, sous la plume de d'Aubigné, suffit à tout dire.

Et d'Aubigné grondait, et d'Aubigné condamnait, et d'Aubigné marchait toujours. C'est qu'il

aimait toujours. Voyez-le à sa sortie de captivité : i! est penaud, colère, il boude et cherche à éviter Henri; d'autant plus que celui-ci fait exécuter par un autre « plus à lui, plus ductile à ses volontés », par du Plessis-Mornay enfin, certain plan stratégique de son invention à lui d'Aubigné, Mais il faut que, par un étrange hasard, il « rencontre » son maître marchant en bon ordre vers Niort. Et Henri de l'appeler, de l'enjôler si bien, que d'Aubigné « seconde » avec joie sa propre entreprise ! Et maintenant les voici dans les marais de Marans, à trois seulement : Henri, Fouqueroles et d'Aubigné. Le roi s'avance à cheval pour éprouver la résistance du marais, la mam sur l'épaule de ses compagnons à pied, enfoncés dans l'eau et la boue. La mousquetade éclate, et les constelle de vase ; Henri persiste. Les balles font rage. 11 faut toute l'insistance des deux envasés pour qu'Henri consente à garantir sa précieuse vie. Et de même à Beauvais-sur- Mer, où maître et serviteur partagent les plus grands dangers. A la tranchée, ils sontensemble, de l'eau jusqu'aux cuisses. A l'attaque du chà-

teau, Henri a les mains rlerrière l'échiné », cause avec d'Aubig-né en reconnaissant une position. Une bande d'embusqués le couche en joue. Ag^rippa « se jette devant lui, qui ne voulait pas se retirer »; et tel était l'amour des serviteurs pour ce maître, qu'on l'arrache de là par force, en le bousculant quelque peu. « Il fut pris au corps, et poussé par force de l'un à lautre, jusque sur le derrière, si bien que la moitié de sa troupe se trouva devant lui aux premières arquebusades. » Ainsi les vieux dévouements du camp de Nérac duraient toujours, et c'étaient toujours les mêmes qui se faisaient tuer (1588).

Cette même année voit d'Aubigné recevant les clés de Niort pour les remettre à Henri, et désigné lui-même par le commandant catholique Malicorne, pour avoir l'honneur de la capitulation ; de là, il prend lui-même Maillezais, qui « demeure à son preneur », et qu'il devait si admirablement fortifier, puis garder comme son fief de g-uerre. La guerre se faisait plus âpre, après l'édit de juillet. Nul n'en prévoyait la fin.

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Tout à coup, les «''vénements se précipitent. En décembre, le duc <li' Guise est assassiné. Le o janvier 1.38!), Catherine meurt, en partie du saisissement causé par cet assassinat. Paris est en révolution ; la France s'affole. Là-dessus, lleiiii de \avarie. allant vers la Grenache, est frappé dune pleurésie. L'alarme se met au camp prolestant. Les Hoclidois passent les nuits entières dans les temples. D'Aubigné tremble plus que j)ers()init'... VA, tout à coup, voilà Henri sauvé comme par miracle, et, sitôt après, Henri 111 frappé par le poignard de Jacques Clément. Cette luis. I licuic du roi de Navarre a sonné.

Elle a sonné, et Henri se trouble. Pour la première fois, le In-ros de Coutras connaît la peur. La fortune la trop bien servi, et trop brusquement. Ce trône vide, ce sang frais sur les marches, celte stupeur et cette colère autour, tout l'oppresse. Son angoisse est faite de clairvoyance. Quel accueil attend un maître imposé

par le meurtre ;i ses pires ennemis? La scène de son arrivée à Sainl-Cloml était digne d'un Saint-Simon, s'il ne se fût trouvé un d'Aubigné pour la peindre : « Henri IV se trouve roi plus tôt qu'il n'eût pensé et désiré, et demi-assis sur un trône tremblant: au lieu des acclamations et du Vive le Roi! accoutumé en de tels accidents, [il] vil en même chambre le corps mort de son prédécesseur, deux minimes aux pieds avec des cierges, faisant leurs liturgies ; ('.jermont dAiitragues tenant le menton : mais tout le reste parmi les hurlements, enfonçant leurs chapeaux, ou les jetant par terre, fermant le poing, complotant, se touchant à la main, faisant des vœux et promesses, desquelles on oyait pour conclusion : « Plutôt mourir de mille morts!' » Làdessus, ce roi malgré lui, sentant que sa présence exaspère les hostilités, se retire bouleversé dans une garde-robe, « prend dune main La Force, et de l'autre un gentilhomme des siens ; La Force s'étant excusé, l'autre, commandé de dire son avis sur la présente perplexité, parle... »

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