‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 25 sur 50 · Hist. Univ., t. III, p · texte numérisé non relu

Hist. Univ., t. III, p

présagerait «l'ailleurs un tel serment? « De qui pouvez-vous attendre une telle mutation en la créance, que (sinon) de celui qui n'en aurait point ? auriez-vous plus agréable un roi sans Dieu? vous assurerez-vous à la foi d'un athéiste, et, aux jours des batailles, suivrez-vous d'assurance les vœux et les auspices d'un parjure et d'un apostat? » Aussi ne peut-il accepter une tellr mise en demeure. « J'appelle des jugements de cette compagnie à elle-même, quand elle y aura pensé. Quant aux impatients, je leur baille congé librement, pour aller chercher leur salaire sous des maîtres insolents : j'aurai, parmi les catholiques, ceux qui aiment la France et l'honneur. » C'était parler en roi. Là-dessus entre Givry qui « avec son agréable façon » apporte l'hommage dune j)artie de la noblesse : « Vous êtes le roi des braves, et ne serez abandonné que des poltrons. » Biron amène les colonels et capitaines des Suisses ; Chàtillon, Guitry, La Noue traînant sa jambe blessée accourent et s'inclinent. L'élan se propage, instantané. Henri est déjà plus qu'à moitié le maître. Et tous

sentent qu'il sera un maître. Il a déjà pour lui la force ; il a riiabilelé et il attire les sympathies. DO et ses compagnons se mordent les lèvres, muets, furieux. C'est partie perdue, espère d'Aubig^né; non, c'est partie remise seulement. Ils auront leur revanche. Du moins llionneur est sauf. Agrippa se fait-il r('ellement illusion, quant au lendemain? H est permis d'en douter. Mieux placé que tout autre j)Our contrôler les actes et les paroles, il voit bien qu Henri a plusieurs lang^ages, suivant les personnes, les circonstances. S'il est ferme en sa religion, c'est qu'il doit être tel en principe, « avant que d'être instruit ». Cette clause autorise toutes les inquie'tudes. Et, si d'Aubigné chante le Nunc dimittis, ce ne peut être qu'en sourdine. Bientôt, il va déchanter, et même il s'y attend.

Cependant Henri n'est encore roi que par définition ; il lui reste à conquérir son royaume : à le conquérir sur la Ligue, sur Mayenne et sur ce vieux cardinal de Bourbon, qui, tout prisonnier qu'il est dans la forteresse de d'Aubigné à Maillezais, n'en figure pas moins sur les mon-

naies de la Ligue avec le titre de Charles X. D'Aubigné seconde énergiquement son maître, et participe avec lui aux campagnes suprêmes, jusqu'à la reddition de Paris et à la paix définitive. Maréchal de camp et sergent de bataille, il se multiplie. Il n'assiste pas à la bataille d'Arqués (septembre 1S89) livrée et gagnée par le roi en personne. Mais, sitôt qu'il revient de guerroyer ailleurs, c'est Henri lui-même qui lui fait les honneurs du champ de bataille. « Ce grand roi, quelques jours après mon arrivée en son armée, me conduisit par la main, en tous les endroits remarquables pour les combats, bien que lors il n'y eût aucune délibération d'écrire cette Histoire^. » Notons cette ligne. 11 est évident qu»^ d'Aubigné ne pouvait, en 1589, prévoir son Histoire universelle. Mais Henri IV, qui voyait si loin en toute chose, avait pu pressentir déjà, et j'allais dire « projeter » son historien futur. Et il prend soin, dès lors, de documenter lui-même, sur lieux, le plus sûr témoin de sa vie.

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