‹ La vie d'un héros; Agrippa d'AubignéChapitre 26 sur 50 · Hist. Univ., t. III, p · texte numérisé non relu

Hist. Univ., t. III, p

D'Aubig^né vil ensuite le siège de Paris et ses horreurs. 11 s'en souviendra dans les Tragiques. Prit-il part, laiiruM' suivante, à la bataille d'ivry? Rien ne le prouve. Il n'en raconte pas moins l'aliaire dans le détail le plus précis, le plus lumineux, et sans doute le tenait-il de la meilleure source. Il y parait au soin avec lequel il rectifie la célèbre phrase d'Henri IV sur le panache blanc. La môme année, nous le trouvons dans la chambre du Conseil du roi, devisant avec lui, en compagnie de quelques intimes, le jour où le gouvernement de Grenoble fut accordé au protestant Lesdiguières. En ioiJl, il guerroie en Poitou pour le roi, et défend Maillezais contre trois entreprises du comte de Brissac. Ce qui ne l'empêche point d'assister Henri IV, la même année, au siège de Rouen, et de courir à ses côtés les plus périlleuses aventures. Vers la rivière, le roi, avec six compagnons en tout, tomba sur un parti d'Anglais, que sa fîère audace arrêta net. « Ici, je me nomme, s'écrie triomphalement d'Aubigné, pour donner gloire à mon maître aux dépens d'un des plus vail-

lants hommes du monde', et aux miens ». Ce danger couru en commun devait cependant être le dernier. Sans doute, deux années encore, il faudra batailler et découdre, un peu partout. Mais le vieux cardinal de Bourbon meurt, Paris est las et exténué, Mayenne perd la main, l'Espagnol devient odieux, le parti français prend cœur, le sentiment national se ranime. La détente s'annonce ; bientôt on négociera. A la veille d'une conversion qui devait creuser un si large fossé entre son maître et lui, d'Aubigné fut-il, de sa part, l'objet d'une attention particulière? Le 13 août 1592, il écrit de Chinon à Madame de la Trémouille, cette phrase étrange : « Madame, depuis ma fortune^ il m'est survenu tant d'affaires... » Quelque sens que l'on attache à ces mots, pour nous inexpliqués, la satisfaction qu'on y sent dura peu. Une dernière fois, d'Aubigné lutte d'influence et d'arguments avec d'O, qui pousse le roi vers le

1. Probablement le uiart^chal de Biron. Les autres tHaient le fils de Biron, Roger Willems, d'Aubigné, et deux vaillants dont l'historien ne nous a pas transmis le nom. {Hist. unie, III. 359.)

catholicisme avec une «'nerg^ie déjà consciente de la victoire. Puis, Tinévitable s'accomplit. Le 21 juillet l.')!)3, à Saint-Denis, Henii iV entend la messe et baise le grand autel. Aussitôt s'apaisent quarante ans de g^uerres civiles, les épées rentrent au fourreau, et Henri de Navarre est reconnu roi de tous les Français.

Cet acte, qui réduisait le protestantisme aux proportions d'un parti, et (jiii frappait en même lemps ce parti d'impuissance définitive, puisque son chef et « Protecteur » officiel, devenu roi, assistait maintenant à la messe, eut sur la vie de d'Aubigné un retentissement profond. Du coup, sa carrière militaire est brisée. Du coup aussi, son afifection pour Henri reçoit une incurable blessure. L'ami souffre, et le calviniste est atteint en plein cœur. L'historien dit en propres termes que le roi, « par son changement de religion, s'était rendu odieux à des gens de qui la valeur et la fidélité lui étaient certaines ». C'est là se nommer. 11 est d'ailleurs remarquable que d'Aubigné s'abstient de qualifier l'acte du roi dans son Histoire universelle^ et que les termes

dont il le désigne, « changement », « mutation », impliquent chez lui une rare intelligence historique, au lieu de la passion qu'on aurait pu redouter. Bien plus, les chapitres qu'il consacre au déclin de la Ligue et au changement du roi expliquent et préparent ce changement avec une telle évidence, que, si d'Aubigné était capable de plaider en une telle cause, il paraîtrait plaider les circonstances allénuanles. En tout cas, les mots injurieux dapostasie ou d'abjuration, il les écarte; celui nièrne tle conversion nest pas employé. Et avec raison. DAubiu^né sentait qu'Henri n'était point de\t'nu catholique. Henri avait adhéré à un culte ; avait-il pour cela renoncé à la foi de sa mère ? Sans doute, d'Aubigné n'était point dupe de certaines démonstrations trop habiles, et il hochait la tétc à ces paroles du roi, prononcées parmi les larmes et les soupirs : « Mes amis, je me perds pour vous, je suis de la Religion comme vous, je sens le zèle de Moïse et de saint Paul : car je me fais anathème, pour sauver l'Église de Dieu. ' »

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