Hisl. unir., t. II, p. 1035 (année
2. Lettre à Mme de Rolian : « Aux derniers martyrs de Milan et de Turin il a paru que Dieu n'a pas le bras raccourci aux miracles, premièrement en la sentence de mort que le mourant prononça à son juge, exécutée dans la semaine immédiatement et sans causes naturelles, par un véritable coup du ciel... » [ŒuvreSt I, 397).
en politique, n'est que moyenne ailleurs. On touche aisément sa limite. Cette barrière ellemême est pose'e par sa foi. DAubigné ne cherchera jamais à s'en affranchir. Il ne soupçonnera pas que ce qui a pu élargir son horizon sur un point a pu le rétrécir et le borner sur certains autres. Tant il a de nature une mentalité adéquate k sa religion, ou tant sa religion l'a façonné de manière adéquate à son moule. Si bien qu'on peut soupçonner qu'il eût été un plus grand esprit, s'il avait été un moins grand huguenot.
Huguenot, d'Aubigné le fut des pieds à la tête, esprit et cœur, âme et caractère. Calviniste, certes ; mais huguenot, encore plus. Les deux termes ne sont pas identiques. Pour la foi, peu de différence. Mais, si les paroles sont les mêmes, les sentiments, les gestes sont autres. Qui dit calviniste dit une religion ; qui dit huguenot dit un tempérament. Le huguenot ne se contente pas de confesser sa foi : il la proclame ; ni de la défendre : il l'arbore. C'est un fanatique généreux, toujours candidat au martyre. La persécution est son triomphe, car elle offre « une illustre
matière » à sa cornélienne constcince. Bûchers, roues et gibets trouvent prêt et joyeux ce confesseur volontaire, qui peut dire, avec le he'ros de Rotrou, que « son sang se déplaît dans ses veines ». Le cri de d'Aubigné à dix ans, que « l'horreur de la messe lui ôtait celle du feu », est un cri de huguenot. Le huguenot ne meurt point par amour ni par extase, comme les martyrs de la primitive Église, dont il croit descendre; il meurt par foi, certes, mais aussi par raison pe'remptoire, par révolte, par bravade, par défi, par indépendance : pour protester, pour accuser ; pour le principe, pour l'exemple, pour la gloire. Il est concentré, et fougueux ; modeste, et d'un orgueil intraitable. Sur l'honneur, nul n'est plus raffiné. Son code moral est d'un stoïcien qui serait un preux. Il a la probité de l'homme intègre et la fierté du gentilhomme. Il méprise l'argent, et en général tout ce qui s'acquiert. Il estime choses et gens à leur valeur intrinsèque. Il peut ne pas être un saint, mais il a toujours de l'Alceste et du Caton. La sincérité de sa langue ne soufire point de bride. En temps de guerre, c'est un
héros dans le rang. La paix le désempare. Il aime mieux être blessé, mourant, que désarmé. Le huguenot, parmi les divers types français, est un type de sélection rare, et pour cela durable. Il naît sous la guerre civile, lui survit, la dépasse, traverse les générations, intact, destiné probablement à se prolonger au delà même de la foi qui Ta enfanté. C'est qu'il est, en son essence, moralité et volonté, deux choses profondément françaises, deux principes indomptables, qui maintiennent toujours une âme debout, avec ou sans la foi. Aussi d'Aubigné fait-il plus que le représenter : il l'incarne. Fidélité à une cause jugée sainte ; désintéressement joyeux ; incorruptibilité allègre ; mépris des ambitions vulgaires ; raffinement du point d'honneur ; noble roideur du caractère ; énergie du cœur et trempe de l'esprit, tout cela est d'un vrai huguenot des temps héroïques ; — et tout cela, avec le panache en plus, c'est d'Aubigné.
D'AUBIGXE