Cotlle's Réminiscences, p
4. Il avait lu cet ouvrage, ou du moins avait essayé de le lire en avril 1790 (Biographia Lileraria^ Suppl. II, p. 359-60).
184 s. T. COLERIDGE.
des sources d'inspiration philosophique et mystique.
L'Allemagne était connue comme le pays de Tilluminisme sous toutes ses -formes, en réaction contre la philosophie rationaliste française, détestée comme fondement du jacobinisme. Ce que Coleridge appelle quelque part (( un philosophe [en français] au sens' continental du mot^ » c'est un déiste à la manière de Thomas Paine. Si soucieux maintenant d'éviter tout soupçon d'influence française, Coleridge n'emploiera pas pendant quelque temps le mot de philosophie mais c'est bien la chose qu'il va chercher en Allemagne, et cela signifie pour lui la science universelle, dont l'âme est la théologie. Pour se faire l'introducteur de la littérature allemande dans son pays, il est trop tard, elle est déjà à la mode. Mais la philosophie et la théologie allemandes sont encore de mystérieuses forêts vierges. Sans doute il y trouvera à la fois la gloire et la fortune, avec les secrets qu'il cherche.
Wordsvvorth se faisait de la science de la nature la même idée mystique que Coleridge, mais il ne songeait pas à la théologie. Rxîaliste en religion comme en poésie, il ne cherchait pas un Dieu intelligible, le Christ de la tradition lui suffisait, et le divin lui apparaissait surtout dans la nature. Coleridge le déplorait secrètement ; il ne le trouvait pas assez chrétien. Quant àlui, tous ses doutes ont disparu, mais (( quoique le christianisme soit sa passion, cette passion est trop intellectuelle ». Il se plaint de ne pouvoir prier aussi souvent qu'il le voudrait car (( son esprit est absent, faute d'habitude ^ ».
1. Satyrane's Leliers^ I {Biorjraphia JAteraria, t. II, p. 196, 2d éd.).