‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 108 sur 194 · Letters, p. 295 ; Cottle^s Réminiscences ^ p · texte numérisé non relu

Letters, p. 295 ; Cottle^s Réminiscences ^ p

purgatoire pour le corps et pour l'âme ». Sa nostalgie et sa hâte de revenir n'avaient fait qu'augmenter quand il avait appris que le petit Berkeley, son second fils, était mort à Tâge de neuf mois. Les lettres qu'il écrivit alors sont touchantes et étranges.

II adorait cet enfant qu'il avait à peine vu, mais ne se rappelant pas la belle pensée qu'il avait notée un jour :(( Nos opinions métaphysiques subtiles, dans une heure d'angoisse, sont comme des jouets près du lit d'un enfant qui va mourir ))\ il envoya à sa femme unelongue lettre pleine de dissertations religieuses, qui durent être une pauvre consolation. L'enfant n'avait pas été baptisé, probablement par scrupule religieux, et Goleridge écrivit pour lui l'Epitaphe sur un enfant qui mourut avant d'être baptisé^. La lettre qui la renferme est curieuse pour l'histoire des idées religieuses de Goleridge et les montre sans aucun mélange apparent de philosophie. « Que Dieu agisse seulement par l'eiîetde lois générales, dit-il, ce sont pour moi des mots dépourvus de sens, et pis que cela, car c'est seulement l'ignorance, la limitation et la faiblesse qui peuvent souhaiter en termes généraux. Que sont donc et qui sont ces horribles ombres, la nécessité et la loi générale, auxquelles Dieu lui-même doit offrir des sacrifices, des hécatombes de sacrifices^? » En même temps il parait se détacher toujours davantage de l'unitarianisme, parce que Priestley « nie la vie future pour les enfants, ou en doute » tandis que Jésus a dit que tous ceux qui sont dans le tombeau ressusciteront et « Si vous ne devenez comme un de ces enfants.... »

i. Anima Poetae, p. 3.

2. Voir lettre à Godwin (1800), dans Kegan Paul, William Godwin, t. H, p. 10-H.

3. L'abstraction réalisée poétiquement est très remarquable dans ce passage. Lelters, p. 286.

198 s. T. GOLERIOGE.

On ne peutpascroire qu'il ait travaillé en Allemagne tout à fait autant qull le dit, quand on sait qu'il recherchait souvent la société dé seâ compatriotes à Gœttingen, et les amusait tous par sa vivacité excentrique. C'étaient les deux frères Parry, de Cambridge, et un peu plus tard Clément Carlyon, qui nous a laissé des souvenirs * montrant, de même qu'un pastel dessiné en Allemagne, un Coleridge beaucoup moins mélancolique que ne le feraient croire ses lettres *. Il fit deux fois le voyage classique du Harz avec des amis ' et quoiqu'il laissât des pièces de vers nostalgiques dans les auberges, il paraît s'être beaucoup amusé, mais voyant tout superficiellement et ne songeant qu'au retour; ses discussions philosphiques étonnaient tout le monde. « On aime beaucoup Coleridge, écrit un de ses camarades, en dépit de bien des particularités (?). Il est très libéral envers toutes les doctrines et toutes les opinions, et on n'arrive pas à le faire sortir de son calme. Le grand défaut dont se plaignent ses amis c'est la variété des sujets qu'il adopte, et la nature trop abstruse de ses spéculations ordinaires, extra homines positas ». On dit qu'il (( effrayait » le professeur Eichhorn (un théologien allemand I) par son attitude et ses arguments. Il y avait sans doute là-dedans pas mal d'ironie à l'adresse de ces Germains qu'il ne considérait pas encore comme ses maîtres.

Mais la variété des sujets qui l'intéresse, nous ne la connaissons que trop. Il se moquait lui-même, vers la fin de son séjour en Allemagne, des connaissances encyclopédiques qu'il allait rapporter en Angleterre, avec toute une bibliothèque d'auteurs

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