‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 115 sur 194 · Lellersj p. 303-306. Campbell, Introdi, p. xlix · texte numérisé non relu

Lellersj p. 303-306. Campbell, Introdi, p. xlix

le harassait, et il songeait à la quitter * pour aller s'établir en Italie ou dans le Midi de la France. On pourrait dire alors de lui ce qu'il avait dit de Lloyd avant son départ pour rAllamague, chaque heure le crée à nouveau.

Politiquement, la situation était difficile. Toutes les nouvelles qui arrivaient du continent étaient mauvaises. C'étaient les victoires de Napoléon en Italie, celle de Masséna à Zurich, la Constitution de l'an VIII. Comme Southey à cette époque, Coleridge aurait voulu un roi en France « pour pendre Siéyès et Bonaparte^ car la guillotine est une mort trop républicaine pour des reptiles de cette espèce ». Il projette encore avec Southey une histoire du principe égalitaire depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, il se rapproche de Godwin et lui demande de présider au baptême d'un nouvel enfant qui lui arrive en 1800. Godwin, l'austère jacobin, refuse, et Coleridge semble n'avoir pas su ce qu'il voulait en lui demandant ce service, car, nous l'avons vu, il tenait fort peu luimême au baptême des enfants ^.

De même, il commençait à se débattre dans les contradictions politiques dans lesquelles il devait passer toute sa vie. Il ne voulait pas abandonner ses amis, même compromettants comme Godwin, quand, après tout, il les jugeait honnêtes gens, et il refusait obstinément de se rallier à ses ennemis quand cela aurait été utile. Il dut souvent être embarrassé dans sa tâche de journaliste, par exemple quand il dut rendre compte du discours de Pitt sur la politique

\» Letlers from the Lake Poets, p. 6.

2. Leilers, p. 323, 329-30. Kegan Paul, William Godwin, t. II, p. 8-9. Plus tard Tenfant fut baptisé « pour faire plaisir aux bonnes gens », et on lui donna le nom de Derwent, parce qu'il était né sur les bords du lac de ce nom {Lelters, p. 338-9).

extérieure, car le ton des journaux avait bien changé depuis que Coieridge publiait ses sonnets en 1794 dans le Moming Chronicle, Du reste, il refit du Pitt comme il avait refait dq Schiller, et Canning dit que son compte rendu (( faisait plus d'honneur à son intelligence qu'à sa mémoire ». Cependant il avait assisté au discours et il suit assez fidèlement le compte rendu du Times, Il exagérait peut-être sa part de collaboration quand il écrivait à Southey : « M. Pitt est bien mon obligé.. Par le Ciel, il n*a jamais parlé avec moitié autant d'éloquence, dans toute sa vie. C'est un stupide et insipide charlatan que ce Pitt *. » Il sut bientôt s'en venger en publiant un portrait qui eut un grand succès et qui ne manque pas de vérité psychologique. Coieridge y montre, en excellent polémiste, et non sans perfidie, tout ce qu'avait d'étrange cette figure du second Pitt, élevé pour être premier ministre, « qui fut fondu plutôt qu'il ne poussa )), comme il écrit avec énergie. Mais cela ne l'empêchait pas d'être un grand patriote, et on est toujours surpris que Coieridge ait pu le méconnaître à ce point.

C'est qu'il n'était pas de ceux qui pensaient que l'Angleterre avait intérêt à continuer la guerre. Il croyait avoir reconnu que « les principes français, quelque détestables qu'ils puissent être, ont assurément perdu toute leur séduction auprès du peuple et conséquemment ne peuvent être ni objet d'alarme, ni raison d'hostilité^ ». Après la lettre de Talleyrand à lord Grenviile, il attaqua décidément la résolution prise par le gouvernement.

1. Essays on his Own Times, t. II, p. 293-329, et note de Sara Coieridge, t. III, p. 1010 sq., qui reproduit le compte rendu du Times; Letters, p. 327.

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