CHAPITRE VIII
Instabilité mentale de Coleridgc. — Les tortures de l'opium : Douleurs du sommeil. — Coleridge part pour Malte pour refaire sa sanlé. — Impressions de voyage et paysages. — Études, philosophiques. — Maladie de son es^prit et misère morale. — Retour par Tltalie.
UOde est une vaste symphonie dont les motifs sont les sentiments et les rêves qui ont agite Coleridge pendant la première période de sa crise morale. Seulement, tandis que dans sa poésie ils sont harmonisés, fondus en un tout qui se développe en conservant Tunité, sa correspondance les présente dans le désordre même de la vie, avec des alternatives apparemment inexplicables de joie et de désespoir, dans toute l'incohérence d'une âme qui souffre sans connaître son mal et qui ne peut trouver de remède.
Ses lettres expriment naïvement sa croyance à la pierre philosophale de la métaphysique, dont la valeur pour lui était double : il y cherchait à la fois Toubli de ses souffrances dans Teffort intellectuel, et une organisation du sentiment religieux dans son âme. En février 1801 il écrit : «J'ai pensé avec vigueur pendant ma maladie, de sorte que je ne puis pas dire
que mes longues, longues nuits sans sommeil aient été perdues pour moi. Le sujet de mes méditations a été la relation entre la pensée et les choses, ou, dans la langue de Hume, entre les idées et les impressions. On peut dire de moi avec vérité ce qu'a dit Descartes de lui-même, j'ai été res cogitans, id est dubitaïis, affirmatis, negaiis, pauca intelligens^ multa ignorans, volenSy nollens^ irnaginans eliam et sentiens^, » Ceci date très exactement ses premières recherches philosophiques, faites uniquement sur les données de la philosophie de Descartes et de Técole anglaise, car il n'est pas question alors de Kant ni de Schelling. Sir Leslie Stephen, qui a vu les lettres inédites alors adressées aux Wedgwood, dit que si Goleridge y cite à Toccasion le, nom de Kant, il ne Ta pas encore lu, et ne tient pas compte des résultats de la Critique. Que le but poursuivi fût finalement théologique, on ne peut en douter d'après le passage suivant. En juillet 1801, il a été chercher les ouvrages du scolastique Duns Scot à Durham, dans la bibliothèque du chapitre de la cathédrale, et il écrit à Southey :
« Je veux remettre le pauvre vieux monsieur sur ses jambes et pour le réveiller de sa léthargie présente, je suis en train de brûler Locke, Hume et Hobbes sous son nez. Hs puent plus horriblement que la plume brûlée ou l'assa-fœtida^. »
Coleridge parlait souvent de ses recherches métaphysiques avec cet humour singulier. H y avait sûrement beaucoup de curiosité, un goût de Toublié, du méconnu et de l'incompris, dans cette prédilection pour la métaphysique scolastique en particulier, et la philosophie en général. Il sentait lui-même qu'il