‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 14 sur 194 · Prélude, lll, v · texte numérisé non relu

Prélude, lll, v

au grand jour que prenaient tous ceux qui restaient soumis trop longtemps à la discipline de l'Université. Il y avait là une atmosphère spéciale, que Wordsworth, dan3 son beau livre du Prélude^ a bien fait sentir, et qui ne pouvait plaire à un esprit librement formé comme le sien.

Le cas de Coleridge était différent, il ne faisait que passer d'une servitude à une autre, et il paraît avoir échappé à l'une comme à l'autre, en l'ignorant, en vivant ailleurs. Nous n'avons pas senti de désillusion en lui à Chrisfs Hospital. Être battu, affamé, faire des vers latins, c'était la vie de collège. Boire, faire des dettes, faire des vers grecs, c'était la vie d'université. Il la prit comme elle était. Sa pensée était ailleurs, nous verrons bientôt dans quelle région du pays des rêves.

Il y a sans doute un désir juvénile d'étonner dans cette lettre adressée à la sœur de Mary Evans, dans les premiers mois de son séjour, mais il y a surtout une philosophique indifférence. « Une bande d'entre nous avait bu du vin et trois ou quatre nouveaux étaient déplorablement ivres (j'ai trop de respect pour la délicatesse pour dire saouls). Comme nous retournions au logis, deux d'entre eux tombèrent dans le ruisseau, ou plutôt dans la rigole. Nous courûmes au secours de l'un d'eux qui bégayait généreusement, étalé dans la boue : « Non, non, sauvez mon ami « là-bas, faites, faites pas attention à moi, je sais « nager* ». Mais ceci était loin d'être rare à cette époque et Coleridge lui-même devait plus tard écrire gravement : « Ceux qui se rappellent l'état des collèges et des universités il y a quelque vingt ans ne verront pas une louange banale dans l'affirmation qu'un

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