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Carlyle, Life of Sterling, chap. viii

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vérité qu'il est impossible de ne pas en rire, mais avec tant de partialité qu'on en est stupéfait et qu'on se demande si, après tout, on doit prendre au sérieux le prophète.

« J'ai vu, dit-il, bien des curiosités et je ne compte pas comme la moindre Coleridge, le métaphysicien de l'école de Kant, ex-Poète des Lacs.... C'est une bonne ame, pleine de religion et d'affection, de poésie et de magnétisme animal.... Il a horreur de la peine et de la souffrance sous toutes ses formes. Son attitude même le montre.... Ses yeux ont une espèce d'anxiété impuissante.... Il n'y a pas de méthode dans ses discours.... Je l'ai trouvé sans profit pour moi, mais nous sommes partis très bons amis et j'ai promis de revenir.... Je l'estime un homme d'un grand génie, sans utilité, un homme étrange, pas du tout un grand homme. »

Quel est le sens de ce portrait célèbre? C'est surtout l'inintelligence d'une génération par une autre, et d'un caractère par un autre caractère. Carlyle, cherchait un héros et Coleridge n'avait rien d'un héros, même du héros intellectuel, il était trop peu concentré, et trop soucieux d'un autre monde, pour faire figure en celui-ci. S'il n'était pas un homme fort, usé comme il était par les souffrances d'une vie passée presque tout entière hors des conditions normales, c'était un homme patient qui venait de rebâtir une fois de plus une demeure qui devait lui suffire à achever sa vie, et où beaucoup ont pu vivre après lui. Carlyle a dû voir Coleridge dans un de ses mauvais jours, s'il n'a pas senti le charme extraordinaire qui faisait taire les objections de ceux mêmes qui sentaient le plus vivement le manque de méthode et de suite dans sa pensée. N'oublions pas d'ailleurs que tout ce qui fait pour nous la valeur originale de cette pensée, et

la poésie même de Coleridge, aurait intéressé Carlyle à peu près autant que le magnétisme animal.

Plus tard, Garlyle rendit justice à Coleridge de bien des manières. Il reconnut l'influence de sa pensée religieuse sur son cher disciple Sterling. Mais il détestait trop les prêtres, les églises, et les prédicateurs (parce qu'il était prédicateur), pour jamais entrer tout à fait dans la pensée cléricale, professionnellement religieuse, du Coleridge des dernières années, et de ses disciples. En 1829, il lui rendit hommage comme précurseur de ses propres études allemande», dans la préface de son Essai sur Novnlis, On pourrait montrer que Coleridge lui ouvrit bien des voies intellectuelles. S'il doit uniquement à son énergie native, et un peu aussi aux circonstances le succès de son apostolat, c'est beaucoup aussi parce que Coleridge aV&it rendu possible la formation d'un public, que Carlyle en trouva un. Il ne faut pas voir dans ces lettres caricaturales autre chose qu'une preuve de la dureté d'âme volontaire et caractéristique de Carlyle, qui ne voulut jamais tenir compte de la souffrance des autres et des faiblesi^es qui pouvaient en résulter. Nous connaissons mieux aujourd'hui les causes de 1' (( indolence » de Coleridge, mais, à la mesure de Carlyle, qui de ses contemporains aurait été un héros?

La vraie réponse de Coleridge à Carlyle, c'est l'histoire de ses dernières années, passées dans une paix que Carlyle ne connut jamais, qu'il n'aurait pas souhaitée peut-être. Coleridge croyait avoir trouvé une vérité; incommunicable aUx autres peut-être, mais qui lui suffisait. Il écrivait toujours, mais surtout pour lui-même. Il ne publia plus qu'un petit livre, V Eglise et VEtat, en 1830. C'est, au point de vue spéculatif, un essai de déduire, a priori, « de l'idée de

chacun », ce que doivent être dans leur relation rÉglisc et rÉtat en Angleterre. Pratiquement, c'était une démonstration amenée par le projet d'émancipation des catholiques, qui était revenu dans les préoccupations du moment. Montrer comment Colerldge justifie l'état de choses de son temps, TÉglise nationale établie, et montrer dans l'Église catholique, soumise à un pouvoir étranger, l'Église de l'Antéchrist qui ne pourra jamais être reconnue officiellement par les représentants du peuple d'Angleterre, n'aurait qu'un intérêt spéculatif. Au point de vue biographique il nous suffit de dire que Goleridge, maintenant fidèle serviteur de l'Eglise nationale (Esto perpétua/) en épouse toutes les querelles, et que, sur le terrain politique comme sur le terrain religieux, Goleridge à . beaucoup fait pour elle, et contre le catholicisme, qu'il détestait plus que jamais. D'ailleurs il admettait, avec des réserves d'opportunité et de principes, l'émancipation civile des catholiques et leur entrée au Parlement, précisant ainsi la position de la conscience religieuse anglaise ^

Quand John Stuart Mill a voulu apprécier l'influence de ce qu'il appelait l'Ecole germano-coleridgienne, c'est Churcli and State qu'il a pris comme centre de son célèbre article, qui créa d'ailleurs une équivoque qui n'est pas encore disparue aujourd'hui, en exagérant l'influence allemande sur Goleridge. Mill crut reconnaître Vhistorisme allemand dans ce qui n'était que la continuation du conservatisme de Burke, et de toute la tradition anglaise jusqu'à l'école radicale. Goleridge introduisait, il est vrai, une idée d'évolution historique dans la notion d'organisme politique

1. Sur l'influence de Church and State, voir le témoignage de Maurice dans la préface de H. N. Goleridge (éd. 1839).

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qu'avait donnée Burke. Maïs cette notion était bien anglaise aussi, et il n'est même pas sûr que ce ne soit pas à TAngleterre que les théoriciens allemands l'aient empruntée. On pourrait montrer Coleridge exaspéré par les conservateurs allemands, défendant presque contre eux la Révolution française, l'expliquant en tous cas ^ De même, le parti conservateur anglais n'était pas son idéal. Mais il n'aurait pas pu dire, comme Wordsworth, qu'il y avait du chartiste en lui, l'esprit de réforme était empreint chez lui de cet idéalisme trop absolu qui fait repousser comme imparfaites et inopportunes toutes les réformes particulières, et finit par se confondre ainsi dans la pratique avec un conservatisme aveugle. Coleridge avait été obligé moralement d'accepter l'émancipation des catholiques, mais il désapprouvait la manière dont elle avait été faite « d'une manière violente, et, en réalité, sans principes ». C'est, dit-il agréablement, un crapaud de Surinam qui a apporté sur son dos le Reform Bill, l'admission des non-conformistes aux

Universités et les attaques contre l'Eglise établie, comme sa progéniture.

Ce qu'il reprochait surtout aux réformateurs, c'était d'avoir agi sans principes, d'avoir réalisé leur objet poussés par leurs désirs, leurs craintes et leurs passions et non pas sous la direction d'une idée. C'était une nouvelle Révolution, faite par l'entendement sans le secours de la raison, et Coleridge la condamnait aussi sévèrement que la Révolution française ^. L'extension du droit de suffrage n'est pas un mal, disait Coleridge, lui-même aurait voulu le voir grandement

1. Noies Ms. à Stefîens, Karikaturen der Heiligsien, Leipzig, 1819 (BM., G. 43, b. 14).

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