‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 191 sur 194 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

est mort », se répétait-il continuellement, pendant les quelques mois qu'il lui survécut. Lui seul peut-être avait apprécié à sa vraie valeur la nature cle la sensibilité de Coleridge, avait compris son caractère. Il était toujours resté pour lui le merveilleux esprit possédé de ses idées, plutôt qu'il ne les possédait, r (( archange » dépaysé dans ce monde, parfaitement incapable de le comprendre et de s*y faire une place.

W. S. Landor, Tieck et bien d'autres lui rendirent hommage et enfin le succès qu'il avait toujours si naïvement désiré vint, quand il fut mort. En 1834, le Blackwood's Magazine \ en 1835, V Edinburgh Ifevietc, ses anciens ennemis, lui rendaient justice. 11 est vrai qu'en même temps le Mangeur d'Opium se réveillait pour insinuer, en le couvrant de fleurs, que le grand philosophe et le grand poète avait été un plagiaire qui, par une sorte d'aberration, avait pris chez les autres ce qu'il aurait été capable de faire bien mieux lui-même. Ces articles contribuèrent beaucoup à former la légende de Coleridge, qui. n'est pas encore séparée dé son histoire sur bien des points. Ils laissaient l'impression d'un génie extraordinaire, mais inutile et stérile. Ce n'est pas à cette conclusion que nous voudrions arriver.

Un esprit plus cohérent et plus fort que Quincey, John StuartMill, a mieuxmarquélaprofondeinfluence intellectuelle de Coleridge. A travers toutes ses contradictions il n'en a pas moins restitué l'idéalisme dans la philosophie politique anglaise et on a pu voir en lui avec raison un précurseur des Carlyle et des Ruskin.

Comme poète, il reste toujours de premier ordre, et son influence dans ce domaine aussi a été grande. On pourrait la montrer clairement dans Keats, et après lui dans l'école poétique qui se rattache aux préraphaé-

lites. Mais c'est de nos jours qu'il a été le mieux compris. Les meilleurs connaisseurs en fait de poésie anglaise, Swinburneet Wal ter Pater, Richard" Garnett et Stopford Brooke reconnaissent tous à sa poésie une (jualité indéfinissable qui lui assure la vie. Coleridge a commencé en poète sensible, à Técole du xvm" siècle, mais dans sa période de grande création il a ouvert à la poésie un domaine nouveau, celui où sont entrés après lui Edgar Poë et Baudelaire. Dans son époque, il était un isoléj c'est le secret de presque toutes ses souffrances et aussi la marque de son originalité.

Coleridge se survécut dans ses enfants d'une manière très curieuse. L'aîné Hartley fut un poète délicat, un écrivain de race avec toute la versatilité d'intelligence de son père et... un malheureux alcoolique. Gomme à son père, rien ne lui manqua que la volonté.

Sa fille Sara le rappelle surtout par son don de poésie Imaginative et musicale et son goût pour la spéculation philosophique et surtout théologique. Mais, élevée par Southey, -elle mit dans l'érudition plus *de méthode et de scolastique que son père. La tendance ascétique de ses écrits étonne, quand on sait par ses lettres que ce fut une des plus nobles et des plus vastes intelligences féminines qu'il y ait eu, et une femme dont la grâce et la beauté ont séduit tous ceux qui l'ont connue.

Enfin Dérivent fut un digne et savant clergyman, un père de famille chéri des siens, et eut ainsi une partie du bonheur que Coleridge avait rêvé toute sa vie sans pouvoir l'atteindre, la paix de la famille. C'est de Derwent que descend la branche de la nombreuse famille des Coleridge qui représente actuellement le poète. Par sa piété pour son ancêtre et son excellent travail littéraire, M. Ernest Hartley Coleridge

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