‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 28 sur 194 · Lecky, t. V, p · texte numérisé non relu

Lecky, t. V, p

2. « Ourjealousy and our hatred of France are wilhoul bounds; and tke former sentiment, at least^ must ôe acknowledged reasonable and well-grounded, » Essay on the Balance of trade (publ. n52), éd. 1826, t. Ul, p. 355; Id., Ibid. On the jealousy of Trade « Ishall therefore venture to acknowledge that, not onty as a man but as a British subject, I pray for the flourishing commerce of Germany, Spain, Italy, and even France itself», p. 372.

3. An Idea of the Présent State of France (by Aplhur Young). London, 1795, p. 33.

entre les réformistes d'Angleterre et les terroristes de France devint le principal argument de la polémique réactionnaire*. On le trouve dans Tacte d'accusation de 1794 contre Thomas Hardy, Thelwall, Horne Tooke, et leurs compagnons. On affecta toujours de les confondre avec les plus sanguinaires des révolutionnaires français, qulon ne connaissait que par leur cruauté. Le mot de « principes français », Frencli principles^ suffît pendant une génération entière à déconsidérer toute tentative de réformes. La bonne foi la plus élémentaire est le plus souvent absente de ces écrits, et il est tout à fait exceptionnel qu'on y rende hommage à la sincérité d'un adversaire ^ La sottise et la férocité des attaques contre les Anglais soupçonnés de favoriser les idées françaises, ou simplement de vouloir innover quelque chose dans la Constitution que Burke avait enseigné à respecter comme une idole, dépassent les bornes ^ Il n'est pas douteux que le sentiment populaire était d'accord avec toutes ces publications et qu'il était dangereux de faire la moindre manifestation publique.

C'est pour cela que nous aimons Coleridge pour avoir adopté des idées folles peut-être, mais moins folles que les hallucinations qui allaient égarer pendant des années le sens politique de ses compatriotes.

. 1. Voir, par exemple, clans Topsy Turvy, with anecdotes and observations illustrative of leading Characters in the présent government of France^ by the Editer ofSahnagundi^ 2d. ed, London, 1793, les attaques contre Priestley, Paine,. Horne Tooke. Le frontispice représente un sans-culotte faisant faire le saut périlleux au Lion d'Angleterre.

2. Nous citerons comme exception la note sur Priestley dans Modem Madmen or the Constitutionalists dissected, by Solomon Searchem Esq. London, 1792, p. 57.

3. Sur les écrits vantant la Constitution anglaise, voir Tarticlè de L. Souguenet dans la Révolution française (mai 1900), qui donne beaucoup de titres d'ouvrages réactionnaires.

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et bientôt le sien propre. Ce fut la réaction du poète, qui dura peu, tandis que celle de l'Anglais devait définitivement s'établir dans son esprit, en haine de la France et de Tesprit français sous toutes ses formes. Nous pouvons aujourd'hui considérer avec calme cette empreinte sur son espHt, qui était celle de son temps.

D'ailleurs, pendant quelques mois de sa dernière année d'Université, (1793-94), Coleridge n'eut pas le loisir de songer à la Révolution. De décembre 1793 au ' mois d'avril 1794 sa vie fut remplie par un« extraordinaire aventure : il passa ce temps au régiment des Dragons du Roi, à Reading. Ce qui rend la chose délicieusement absurde, ce n'est pas seulement de voir un ami de la paix s'engager volontairement au moment où l'on ne parlait que de guerre, c'est que le philosophe présentait, dit un de ses biographes, cette particularité rare chez un Anglais, l'horreur des soldats et dés chevaux. Aussi s'engagea-t-il dans la cavalerie « pour se guérir de ces absurdes préjugés ». C'est l'explication qu'il donna plus tard. Ce fut probablement en réalité un désespoir d'amour, qui le poussa à fuir Cambridge, pour se cacher à Londres d'abord, puis au régiment.

Ce fut un besoin pressant et absolu de solitude morale, une impulsion de rêveur, comme celle qui ' l'avait poussé, enfant, à fuir la maison de ses parents, comme celle qui le poussera, homme fait, à quitter sa famille et ses amis pour aller chercher à Malte des occupations aussi peu faites pour lui que pouvaient l'être celles d'un cavalier au régiment des Dragons du Roi. D'une maladresse rare, il ne pouvait se tenir à cheval, faire le pansage, ni même l'astiquage et passait son temps, nous dit-on, à écrire les lettres d'amour de ses camarades et à les soigner à Tinfir-

merie. Ce fut une vraie aventure de Don Quichotte. La Dulcinée était toujours Mary Evans. 11 s'était aperçu qu'il l'aimait passionnément et qu'il ne le lui avait jamais dit, qu'il s'était efforcé d'étouffer cette passion pendant quatre ans. C'est du moins ce qu'il lui dit plus tard, quand elle fut fiancée. Comme nous avons de lui des témoignages contradictoires sur ce point (Coleridge lui-même n'était sûr de rien quand il s'agissait de son passé), nous pouvons rapporter la forme la plus pittoresque de la légende, celle où l'on voit l'amoureux rêver à sa bien-aimée tout en écrivant les lettres d'amour des autres *.

Au régiment, on se lassa sans doute de le voir tomber de cheval, car il paraît avoir été employé surtout comme infirmier, laissé seul à Henley, sur la Tamise, pour soigner un camarade dans un pavillon au milieu d'un jardin, où se trouvait, on ne sait trop comment, « une belle jeune fille », qui consola peutêtre dans leur solitude l'amoureux et le malade. C'est le secret de cette retraite, confié à quelque camarade, qui amena la découverte du fugitif. Son frère aîné, George, paraît lui avoir écrit le premier, et nous avons la réponse de Coleridge. Il dit qu'il « a poussé l'imbécillité jusqu'à la folie », que « son âme est illisible pour lui-même », qu'il est (( perdu dans le labyrinthe, le désert inextricable de son propre cœur ». Il désire être oublié comme s'il n'avait jamais été. (c Chagrin et honte de ceux qui m'aimaient... Intolérables images d'horreur ! Elles hantent tnon sommeil, elles enfièvrent mes rêves.... »

C'est la première fois que nous voyons passer sur sa vie l'ombre de la maladie qui devait le torturer, celle de s'accuser avec exagération. Ce désordre de

1. Voir Ginmann,p. 57 sq.; Collle's Réminiscences, p. 2'9 sq.

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paroles cachait mal la faiblesse de la volonté, Tinstabilité de caractère qui l'empêchait d'ailleurs de persister dans le désespoir même, lui permettait de s'échapper des plus mauvais pas, avec une souplesse qui le faisait souvent accuser d'insincérité, alors que ce n'était qu'incapacité complète de comprendre la vie telle qu'elle apparaissait aux autres.

Quand il eut le pardon de son. frère George, il écrivit plus tranquillement à son frère James, capitaine dans l'armée, pour tâcher de se faire libérer. Sa lettre a quelque chose de pratique qui rassure après les effusions adressées à l'aîné. Il dit que sa libération pourrait être obtenue en faisant agir des influences auprès de son colonel, et s'il faut payer, il sait à peu près le prix qu'il faudra y mettre.

Il fallut encore près d'un mois pour arriver à un résultat. Un officier s'était intéressé à lui, et il avait rencontré à l'auberge « un homme de la plus grande érudition et du génie le plus original » qui lui i( assura solennellement qu'il se croyait inspiré par la divinité ». Il dormait dans la même chambre que lui et le tenait éveillé jusqu'à trois heures du matin par ses discussions ontologiques. « Certaines de ses idées vous auraient fait frémir par leur audacieuse, impiété, et d'autres vous auraient étonné par leur sublimité. Ma mémoire, tenace et systématique, me permettrait d'écrire un volume in-octavo avec ses conversations * . » Le caractère de Coleridge se précisa avec l'âge, nous l'avons là, dans cette escapade de jeune homme, . presque tel qu'il sera toute sa vie, tantôt inconscient et tantôt terrorisé par sa conscience, venant toujours de rencontrer un homme de génie, et toujours sur le point d'écrire un volume de philosophie qu'il n'écrit

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