‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 34 sur 194 · Thomas Poole and his Friends, I, vi · texte numérisé non relu

Thomas Poole and his Friends, I, vi

Le Jugement est amusant, quand on songe à ce que Coleridge et Southey devinrent un jour, les plus fermes soutiens du trône et de Tautei. Mais ils étaient alors de bons républicains ^ des Pantisocrates. Seulement Coleridge avait l'impression de ne Têtre qu'à demi, car il fallait être marié pour aller coloniser l'Amérique. Coleridge devait donc se marier. Southey était fiancé à miss Edith Fricker, de Bath, dont un autre pantisocrate et poète, Robert Lovell, devait épouser la sœur. Il en restait une, l'aînée, Sarah. Il était tout naturel, il était nécessaire que Coleridge l'épousât. Il se fiança donc au retour de son voyage au pays de Galles. Il avait vingt-deux ans et sa fiancée, qu'il devait connaître à peine, un an de plus. Ce qui rend sa résolution encore plus extraordinaire, ce qui scandalisa son futur beau-frère Southey, c'est qu'il reconnaissait que son cœur était plein de la pensée d'une autre, Mary Evans. Il racontait à un ami qu'il l'avait rencontrée par hasard dans son voyage à pied, cette Mary Evans « quant a f flic te et perdite amabam, oui, jusqu'à la torture. Si elle s'était aperçue que je la reconnaissais, mon courage m'aurait abandonné.... Dieu la bénisse! Son image est dans le sanctuaire de mon cœur, et ne pourra jamais en être arrachée qu'avec les liens qui attachent ce cœur à la vie! Cet événement m'a rendu tout à fait malade. J'avais erré danè les paysages sauvages et boisés, d'une grâce terrible, de ce pays de Galles, pour effacer et non pour raviver les images du passé ». Il est vrai qu'il ajoute « mais l'amour est une douleur locale, je suis maintenant à cinquante milles d'elle et je ne me sens pas moitié si malheureux * ».

i. Lettre à Masters, 22 juillet 1794, dans Biographia Litevaria, t. II, p. 340 (*2d éd.), et Campbell, p. xxii. Comparer la lettre h Southey (Letters, p. 78).

72 s. T. COLERIDGE.

Mais ce qui surtout rendit possible cette folie résolution, c est la passion de l'idée qui possédait alors Coleridge. Il était logicjue avec lui-même, cela rassurait sa folie. Il se persuada qu'il aimait sa fiancée. Il répondit à Southey qu'il avait raison, que TAmour lui-même « peut être créé par un motif grave ». « Je Taime certainement (Miss Fricker). Je pense à elle continuellement et avec une tendresse indicible, avec cette sensation du cœur qui se fond, qui est un symptôme de l'amour *. » Deux mois auparavant, dans la lettre précédente, il s'agissait d'une autre, mais les expressions étaient presque les mêmes. C'est qu'au fond c'était surtout la Pantisocratie qui régnait main-tenant dans son cœur. Elle était ce « motif grave » d'aimer sa fiancée.

En passant par Londres pour retourner à Cambridge, Coleridge rencontra un ancien camarade de collège qui spéculait sur les terrains en Amérique et qui lui donna de précieux conseils : « Il faudrait 2000 livres sterling. On aurait le terrain à meilleur compte en attendant d'être en Amérique pour faire l'achat. Douze hommes pourraient facilement défricher trois cents acres en quatre ou cinq mois. Il recommandait les bords de la Susquehannah pour leur beauté et comme moins exposés aux incursions des Indiens et des bisons. On pouvait gagner de l'argent avec sa plume, là-bas.... Les moustiques n'y étaient pas même aussi gênants que nos cousins^ ».

C'est le moment de l'enthousiasme le plus délirant. On recrute des adhérents. Shadrack, l'homme à tout faire d'une tante de Southey, se décide, et Coleridge écrit, en lettres capitales, dans une de ses lettres :

\, Letters, p. 81, àSouthey, 18 septembre 1794.

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