‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 54 sur 194 · Letters, p. 137, 139, 142, 14i · texte numérisé non relu

Letters, p. 137, 139, 142, 14i

qu'il lïe connaît pas d'homme assez grand pour le remplacer, qu'il en est d'autres qu'il pourra aimer, estimer a^utant, quelques-uns peut-être qu'il pourra admirer autant, mais qu'il n'espère pas rencontrer jamais un autre homme qui lui inspire à la fois l'attachement pour sa personne, le respect pour son cœur et l'admiration pour son génie. Il lui assure qu'il ne le vénérait pas seulement pour ses vertus personnelles, mais qu'il le considérait comme la sauvegarde, l'ancre de sûreté pour les siennes propres, et que même, comme poète, sa vanité ne connaissait pas de plus grande satisfaction que les éloges de Southey*;

Semble-t-il qu'après une lettre écrite sur un ton aussi superbement vertueux, Goleridge pouvait faire autre chose que de partir immédiatement pour l'Amérique ou au moins pour le Pays de Galles? Il se devait à lui-même île montrer comment on tient ses engagements envers soi-même, quand on a des principes. Mais c'est un cas de cécité morale complète que celui de Coleridtçe à cette époque.

Il pensait comme Southey, et il était incapable de s'en apercevoir. Il fit comme lui, se détacha insensiblement de convictions qui étaient devenues gênantes, mais crut toujours n'avoir jamais changé. En fait, il ne fut plus jamais question de la Pantisocratie, Goleridge se réconcilia avec Southey à son retour, l'année suivante, et retrouva chez plusieurs autres ces qualités du cœur et de l'esprit qui lui avaient paru incomparables. Car dans la Pantisocratie comme dans Southey il n'avait jamais aimé qu'un rêve, une ombre,- un symbole, une création de son propre esprit incapable de percevoir autre chose que lui-

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