‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 64 sur 194 · Letters, p · texte numérisé non relu

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RENONCEMENT. i21

Bientôt arriva la catastrophe qui devait dissiper ce rêve encore. Charles Lloyd s'abandonnait à une mélancolie sans' raison, ou qui du moins parut telle, jusqu'au jour où éclata une maladie terrible, l'épilepsie. Les accès du malheureux terrifiaient toute la maisonnée et 1 ébranlement nerveux produit contribua sans doute à jeter Goleridge dans la tristesse profonde où nous le voyons dans lés lettres à Poole de cette fin d'année 4796. Il était malade lui-même, souffrait de névralgies, avait recours à l'opium. Soixante à quatre-vingts gouttes de laudanum par jour (( endormaient Cerbère avant qu'il eût le temps d'ouvrir la bouche * )). Nous verrons revenir souvent cette triste histoire. 11 n'y a pas de douté que dès ce temps, si Coleridge prenait de iopium, c'était surtout pour apaiser des souffrances morales plutôt que physiques, cette anxiété indescriptible qui s'épanchait en interminables lettres à ses amis, tissus de projets, de plaintes et de récriminations qui échappent à toute analyse. Et il semble bien aussi que, dès le commencement de cette funeste habitude, il y prenait un plaisir douloureux. « Je prends vingt-cinq gouttes de laudanum toutes les cinq heures, et le bien-être, la force (ease and spirils) que j'y trouve m'ont permis de vous écrire cette lettre désordonnée mais non exagérée )>, avoue-t-il un jour à Poole, et il est à remarquer qu'il ne fait ces aveux sur ses maux et leur remède qu'à des amis intimes, ce qui semble bien indiquer que sa conscience n'était pas tout à fait tranquille.

Ce qui le faisait le plus souffrir, comme tous les névrosés, c'était l'incertitude où il se trouvait. Il ne voulait pas renvoyer Lloyd, dont la pension était actuellement son unique gagne-pain, mais il était

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