Biographia Literaria, 2d. éd., p
à Wordsworth et à Byron. Mais il faudrait admettre que cette conception ne s'est développée que plus tard, car il n'est rien de plus conventionnel que les premiers poèmes de Coleridge au collège, ceux-là mêmes qui nous ont été conservés dans le livre d'honneur et qui ont passé sous les yeux du maître.
Peut-être la pureté du goût du Rév. Boyer n'étaîtelle, comme on l'a dit, que le bon sens à la Samuel Johnson qui, s'il avait été conséquent avec lui même, aurait proscrit toute poésie ^ Ces classiques anglais de la fin du xvnr siècle, s'ils n'avaient pas- été des humanistes par tradition, auraient compris la poésie comme Voltaire. Se crovant tenus d'admirer les anciens, ils se sentaient obligés aussi de condamner chez les modernes tout ce qui rappelait de trop près les anciens, l'imitation directe, et la « hardiesse », c'est-à-dire le conventionnel et le non conventionnel, de sorte qu'il ne serait resté que la prose. Le renouvellement de la forme ne pouvait venir que de l'apparition d'un nouveau fond de sentiments et de pensées qui, à la génération- précédente, n'aurait pas paru poétiques, mais simplement extravagants et absurdes. Ce renouvellement, ce fut le romantisme, dont aucun écho ne semble être arrivé jusqu'au petit Coleridge avant 1789.
La poésie n'était pas, du reste, le principal passetemps de l'enfant, battu souvent et toujours affamé, qui a écrit : « de huit à quatorze ans j'ai été un rêveur éveillé qui ne savait pas jouer, un helluo librorum ^ ». Il avait trouvé de nouveaux contes des Mille et une Nuits. Sa version de l'incident qui lui ouvrit l'accès d'une bibliothèque entière, pour satîs-
1. Brandi, Coleridtje, p. 17. Leigli Hunt, Auloôiographt/, p. 74 sq. Éd. Ingpen.