Cité dans CampbeU, n. à P. W
qu*on admire à la lecture ne sont au théâtre que du fatras. La pièce fut rejetée comme « métaphysique », dans le style du temps, c'est-à-dire psychologique. Il ne restait à Coleridge qu'à corriger cette erreur. sur le genre littéraire qui lui convenait, pour écrire ses chefs-d'œuvre.
L'influence qui devait libérer définitivement Tesprit de Coleridge, ce fut celle de VVordsvvorth et de sa sœur Dorothée, qui, établis d'abord à Racedown, dans le Dorsetshire,vinrentàAlfoxden, à quelques kilomètres de Nether Stowey où était Coleridge, pour se rapprocher de lui et le voir presque tous les jours, à partir de juillet 1797.
Tous ceux qui s'intéressent à la poésie anglaise et, on pourrait ajouter, tous ceux qui ont le goût de l'analyse psychologique doivent avoir lu, dans le beau livre de M. Legouis, l'histoire de la jeunesse de Wordsworth. Nous ne tenterons pas de refaire l'histoire de l'amitié des deux poètes, qui traversa des crises, mais qui dura autant que la vie de Coleridge. Mais c'est un élément si important de l'âme de Coleridge que son admiration pour Wordsworth, qu'il faut bien lui consacrer quelques pages \
Les deux hommes furent rapprochés par un état d'esprit analogue, le désespoir de voir leur patrie combattre l'idéal révolutionnaire. Wordsworth l'avait éprouvé encore plus que Coleridge, parce qu'il conhaissait la France, qu'il l'aimait et qu'il avail senti l'esprit de la Révolution, qui n'était pour Coleridge qu'un idéal mystique. De plus ils avaient traversé la même philosophie rationaliste. Wordsworth, plus concentré et plus fort, avait été, là aussi, plus loin
\ . Cf. Legouis, chap. ii et m du livre III ; Çestre, chap. ii et ni du livre II, Campbell, Inlrod., xxxvi sq.; E. II. Coleridge, The Lake Poets in Somersetshire,
que Coleridge. Il s'était enivré de l'intellectualisme de Godwin, que Coleridge avait si vite rejeté, au point que la désillusion avait amené une véritable maladie d'impuissance morale et de désespoir, dont il se remettait à peine.
Dans une des premières lettres où Coleridge fait allusion à Wordsworth, comme à son « très cher ami », en mai 179(j, il ajoute qu'il est républicain, et au moins à demi athée.
Wordsworth avait perdu en effet Ja foi religieuse assez tiède de ses premières années et commençait seulement à se faire cette religion de la nature, qui devait remplir sa vie '.
Ce culte de la nature^ ce n'était pas chez lui l'hommage conventionnel à ses « beautés », dans le langage d'alors, c'était une observation minutieuse, presque savante, qui lui fournissait comme une nourriture intellectuelle et sentimentale de chaque jour. Il y avait là de l'instinct, car il s'était toujours senti mal à l'aise dans les villes, et, au contraire de Coleridge, avait été élevé à la campagne. Mais il y avait aussi de l'intelligence et de la volonté, une passion de connaître la terre, de se rattacher à elle par mille fils, qui était tout à fait étrangère, nous l'avons vu, à Coleridge. Chez Wordsworth même, elle était due en grande particàrinHuence de sa sœur Dorothée, qui lui avait appris à voir et à noter ces mille détails de la vie de la nature qui n'avaient jamais été décrits encore, parce qu'aucun poète ne les avait aimés.
M. Legouis a traduit l'admirable portrait de Dorothée Wordsworth par Thomas de Quincey ^ Il faut en i'etenir avant tout les traits de sensibilité physique et