‹ La vie d'un poète: ColeridgeChapitre 89 sur 194 · FrancBy an Ode. St. V · texte numérisé non relu

FrancBy an Ode. St. V

des victoires françaises, « exultant à la pensée que la révolte des Irlandais et lajnutinerie des équipages de la flotte anglaise allaient forcer l'Angleterre à abandonner la lutte * ». Maintenant son cœiir a choisi entre la France et l'Angleterre, et, comme il aime l'Angleterre, il faut qu'il haïsse la France, son ennemie. Sans doute il parle encore en prophète à son pays et lui rappelle ses fautes. L'Angleterre, croit-il encore, a eu tort en déchaînant la guerre. Mais elle a eu tort parce qu'elle a fait la guerre, qui est toujours fratricide, et non pas spécialement parce qu'elle a fait la guerre à la France. La guerre était injuste comme toutes les guerres et, de plus, inutile, car l'Angleterre n'avait rien à craindre alors. Alors il semble que la Révolution française ne s'accomplissait que par la volonté de Dieu et qu'il était criminel d'intervenir. Maintenant il faut se lever et combattre, « repousser un ennemi impie, impie et perfide, race légère mais cruelle qui fait fuir par la raillerie toutes les verUis, mêlant la gaieté aux actions meurtrières, et qui, promettant toujours la Liberté, elle-même trop sensuelle pour être libre, empoisonne les amitiés de la vie et vole au cœur la foi et la tranquille espérance et tout ce qui élève l'âme ^ I »

Admirons ici la puissance de l'instinct et comme Coleridge se forge rapidement l'idée qu'il avait besoin de se faire de la France, si bien adaptée, qu'elle lui servira toute sa vie. Si les Français ne sont que cela, peut-on même se reprocher de leur faire une guerre fratricide? Ce ne sont pas des frères, ce ne sont pas des hommes, et faire la guerre à la France ce n'est pas faire la guerre à l'humanité.

1. Poole à Purkis, 10 mai 1797, dans Mrs. Sandford, Thomas Poole and his Friends; Legouis, p. 386; Gestre, p. 356.

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