Lettre du mercredi l" juillet
78 EDOUARD TURQUETY
le lui renvoyant, il lui adressa les félicitations de ce dernier et les siennes :
Le talent, ajouta-t-il, y est déjà, en dose très vigoureuse : le succès suivra. Ce sera un de mes grands plaisirs que de voir la justice rendue à ce beau recueil qui va être un si puissant auxiliaire à la grande cause.
Turquety se trouva dès lors aussi lancé qu'il pouvait le désirer dans ce monde où on l'attirait par tant d'avances gracieuses : ses lettres naïves et sincères nous permettent de l'y suivre : faisonsleur quelques emprunts :
J'allais hier (mercredi, 8 juillet), chez Alfred de Vigny : Emile Deschamps m'avait écrit dimanche pour m'engager à aller le prendre chez lui ; nous nous y rendîmes ensemble. C'était un cercle de romantiques : Alfred de Vigny fut on ne peut plus aimable à mon égard. C'est un jeune homme très pâle et qui a l'air souffrant... C'est une chose singulière que la manière dont on fraternise ensemble dans cette école romantique : au bout de quelques minutes, je causais avec Vigny comme si je l'avais connu depuis longtemps. La séance fut d'environ deux heures : Victor Hugo pérorait debout au milieu de l'assemblée et il était curieux de les voir ouvrant les yeux et la bouche devant lui. Nous sortîmes ensemble et Hugo m'invita à aller passer la Soirée de demain chez lui. Cette soirée est un événement littéraire remarquable : Victor Hugo doit faire la lecture d'un nouveau drame qu'on dit admirable, il est intitulé : Un duel sous Richelieu *. Cette faveur qu'il me fît de m'inviter est d'au-