‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 14 sur 64 · Paris, 15 septembre · texte numérisé non relu

Paris, 15 septembre

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Je ne puis vous dire, écrit Emile Souvestre, la sensation de joie que j'ai éprouvée en recevant le recueil de poésies que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Je me suis mis à l'instant à les lire : j'en connaissais beaucoup de touchantes: celles que je ne connaissais pas le sont encore plus ! J'ai déjà relu deux fois votre volume : je le relirai une troisième, une vingtième fois. Ce sera maintenant mon compagnon de promenade de chaque soir dans les petits chemins ombreux qui bordent la Loire. Il y a un monde de poésie, mon ami, dans ce petit livre. Et comme l'idée que tout cela est de vous a ajouté au charme que j'y ai trouvé ! Et comme cette lettre a réveillé en moi de souvenirs I Toute notre amitié de trois années s'est ranimée à mes yeux et a reparu avec tous ses entretiens confiants, ses consolations douces, ses épanchements ! Je me suis rappelé où vous m'aviez lu chacune des pièces que je connaissais déjà, ce qui vous l'avait inspjrée, si je vous avais donné beaucoup d'éloges, si je vous avais critiqué. Enfin cette lecture a remué pour moi tout le passé ! — Mille fois merci, mon cher Edouard, des douces heures que vous venez de me faire passer ! Oui, l'on rendra compte dans le Lycée de vos poésies, et c'est moi qui le ferai, quoique j'eusse renoncé aux journaux; j'éprouve, rien qu'à y penser, une joie que je ne puis vous dire : il y a tant de bonheur à louer ceux qu'on aime, à les présenter à l'admiration, à l'affection de tous les hommes.,. Votre volume m'a fait du bien : il m'a ravivé, il m'a ramené aux premiers jours de notre amitié : puisse-t-elle ne jamais changer, mon Edouard, et puissiez-vous rester toujours pour moi ce que je ne cesserai d'être pour vous, un ami à la vie et à la mort i .

Et ce fut en effet Emile Souvestre qui le premier

1, Lettre du 21 septembre 1826.

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annonça au public les Esquisses poétiques : son article parut dans le n° de novembre du Lycée armoricain, tome XIV, p. 315 et suivantes. Voici ce qu'il en dit lui-même :

Je l'ai écrit d'âme, et j'ai cherché à donner à mes éloges une tournure neuve et animée : que j'aie réussi ou non, vous m'en saurez gré, car vous y verrez mon amitié *.

En parlant ainsi de son travail à son ami, Souvestre ne pouvait douter du plaisir qu'il lui avait causé: il le louait de la façon la plus délicate et la plus ingénieuse et piquait la curiosité pour donner du prix à l'œuvre annoncée.

Se servant de détails que Turquety lui avait fournis sur le salon de l'Arsenal, il se mettait en scène lui-môme, et introduisait le lecteur à sa suite dans cette demeure hospitalière, un mercredi du mois d'août 1829. Après avoir nommé et en quelques mots dépeintplusieurs des hôtes du salon de Nodier, Victor Hugo et sa femme, Emile Deschamps, « ce jeune homme au regard tendre, au sourire spirituel, » madame Tastu, ce cette femme si blanche, si douce, si affectueuse, » il arrivait au jeune poète :

« J'allais continuer quand mon regard tomba sur un jeune homme assis à l'écart et appuyé sur un piano dont ses doigts effleuraient quelquefois les touches. Il était pâle ; des cheveux négligés cachaient une partie de son front, ses yeux se

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