L'article est intitulé: Un nouveau poète; U se termine
92 EDOUARD TURQUETY
Parmi les autres articles qui annoncèrent lo recueil du jeune poète, nous n'en rappellerons qu'un seul, celui que M. Géruzez fit insérer, le 20 janvier 1830, dans le Globe, le plus important de tous les journaux littéraires de l'époque, et qu'il reproduisit dans ses Essais littéraires (édition de 1839). Turquety y fut qualifié de fils légitime d'André Chénier, — appréciation des plus contestables, car rien ne ressemblait moins que ses esquisses un peu vagues aux tableaux de Ghénier, d'un dessin si ferme, d'un contour si précis : rien ne ressemblait moins non plus à l'inspiration trop souvent sensuelle et païenne de celui-ci que la chaste et mélancolique passion qui avait dicté à Turquety ses plus touchantes élégies. M. Géruzez reconnut en outre, dans ces poésies de débutant, ce qui était vrai, de la grâce et des sentiments pleins de charme et de délicatesse.
Malgré tout, le petit volume n'était pas appelé à porter à la gloire le nom de Turquety : mais il lui fut donné d'opérer de doux miracles : habent sua fata libelli. Le poète l'apprit un jour de M. Géruzez lui-même :
Vous êtes pour beaucoup à votre insu dans le bonheur de ma vie, lui écrivit ce dernier longtemps après ; car ce petit recueil que j'avais loué, je l'ai relu à la fin de 1829
par la reproduction de trois pièces de Turquety, Un souvenir d'enfance, p. 318, Le derniei' asile, p. 319, Le silence, p. 320.
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avec celle dont la douce voix m'a dit : Je suis à toi : c'est le passage qui a fixé ma destinée *. Je ne vous en dis pas davantage : vous saurez seulement que je suis marié depuis plus de neuf ans et que j'ai commencé cette période de bonheur sous les auspices de vos premiers vers. Ainsi, si j'ai fait luire à vos yeux le premier rayon de la gloire, vous avez fait jaillir pour moi l'étincelle d'un feu qui ne s'est pas consumé. Je n'ai pas voulu vous laisser ignorer plus longtemps ce détail que vous recueillerez comme un des bienfaits de la Muse qui vous favorise *.
Et le poète, vit-il aussi se réaliser le vœu de son cœur? Non ! Tout cet échafaudage d'espérance, élevé pendant plusieurs années, s'écroula un matin et, quelques mois à peine après son retour à Rennes, il révéla à son ami Souvestre, — en quels termes déchirants, on le devine, — que tout était fini.
La froide sagesse des parents, inspirée par des raisons diverses, venait de séparer ces cœurs qui s'étaient imprudemment donnés l'un à l'autre et qui peut-être auraient rencontré sur le chemin des réalités de la vie commune plus d'une épine, plus d'une amère déception.
Ce fut pour tous les deux une cruelle douleur.
1. M. Géruzez fait une évidente allusion à ces vers des Esquisses poétiques (p. 66, La jeune fille) :
... Heureux le jeune époux A qui sa douce voix dira : Je suis à vous.
Oh ! pour lui-qirelle joie ineffable et céleste D'attacher le bandeau sur ce front si modeste !...