Lettre du 2 juin
04 EDOUARD TURQUETY
Ah ! que vous avez dû souffrir, mon Edouard 1 s'écria Souvestre. Encore un rêve i II faut en faire au moins un comme celui-là ; mais le réveil ! Oh I le réveil tue * 1
Oui ! le jeune poète fut quelque temps en proie à un désespoir profond : en vain il chercha à s'étourdir; en vain demanda-t-il aux plaisirs du monde l'oubli de ce rêve tant caressé : il ne put fuir des souvenirs d'autant plus poignants qu'ils lui rappelaient de plus doux espoirs. Il éprouva la vérité de cette pensée du Dante qu'il avait prise pour épigraphe d'une de ses poésies :
... Nessun maggior dolore Che ricordarsi del tempo felice Nella miseria...
Un moment, il dut se demander s'il y aurait pour guérir les plaies de son cœur un baume plus efficace que la vie religieuse et si sa vocation ne l'amenait pas, par ce chemin, vers un de ces asiles du travail et de la paix qu'on nomme un monastère, fût-ce même la Trappe. Nous trouvons l'écho de ses doutes et de ses perplexités, non dans sa correspondance, qui nous fait absolument défaut pour cette époque, mais dans celle de Souvestre :
Que vous avez dû penser à cette Meilleraie ! Il y a longtemps que je désire y aller. Ah ! quelque malheureux qu'on soit, étouffé par l'air lourd de la terre, vous avezrai-