Cet article est de M. de Jouenne d'Esgrigny
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tous les mardis depuis 7 heures jusqu'à minuit et quelquefois jusqu'au matin : là, dans ma chambre ordinairement, nous causions, nous nous montrions nos cœurs, nous lisions nos auteurs aimés, de Maistre, La Mennais, Lamartine et, plus souvent,l'Imitation et la Bible; puis, nous nous mettions à prier Dieu, afin qu'il descendît au milieu de nous. Nous eûmes ainsi deux années entières de joie et de bonheur,mais il fallut se séparer. Cependant, la Soirée ne mourut pas ; tant que deux de ses membres étaient ensemble, la Soirée vivait. Gouraud et de Jouenne l'ont continuée jusqu'à cette année. Je suis venu me joindre à eux : nos trois autres frères sont loin. L'un, après avoir longtemps combattu pour la Pologne, sa patrie, s'est réfugié avec sa famille en Gallicie où il s'est marié ; l'autre est prêtre dans ma ville natale et offre le saint sacrifice pour nous ; l'autre a perdu son père et ses affaires l'empêchent de venir. Vous comprenez, mon ami, combien nous disent de choses ces deux lettres N V !
Gomme il arrive toujours entre gens qui ne vivent pas de la même vie et dont les intérêts et les affections ne sont pas les mêmes, la correspondance d'abord active se ralentit : mais les cœurs restèrent unis et, plus de vingt ans après, M. du Lac put encore appeler le poète : Son cher et bien aimé Turquety *.
M. Désiré Carrière n'avait jamais vu le poète rennais. Quelques citations d'Amour et Foi dans un journal lorrain l'enthousiasmèrent : de Paris
l. M. du Lac a surv.'cu à Turquety : il est mort à Paris le 7 août 1872.
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où il était venu chercher un emploi, il écrivit à Turquety, lui raconta sa vie, lui offrit son amitié et lui demanda la sienne :
Un écho de vos chants, si beaux, si chrétiens, m'est arrivé jusque dans ma province, monsieur, et j'ai vivement regretté de ne pouvoir lire votre livre entier. J'ai vu quelque chose de cette haute et courageuse profession que vous faites de votre foi, quand chacun la renie ou en rougit. J'ai béni le ciel d'avoir envoyé un aussi noble champion dans l'arène et je l'ai remercié mille fois de celte voix suave et mystérieuse, de ces chants catholiques rendus avec un si rare bonheur, et je me suis réjoui, espérant trouver un ami dans un frère, un compagnon d'armes dans un généreux combattant *.
Ainsi débutait cette lettre que Turquety dut ouvrir avec étonnement, car l'écriture lui était inconnue et le nom ne lui rappelait aucun souvenir : mais il ne put la lire sans être touché des sentiments qu'elle exprimait. Elle se terminait ainsi :
J'ai voulu vous dire que je vous aimais : agréez, je vous prie, que je finisse en vous disant : ami, adieu !
M. Carrière, le pieux et sympathique auteur d'un beau poème, le Curé de Valneige, sitôt enlevé aux lettres catholiques et à sa famille, entrait à peine alors dans la vie : il avait vingt et un ans. D'une santé délicate, sans fortune, sans place, il ne sub-