Lettre du 12 avril
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sistait que de quelques maigres ressources. Sa mère, restée veuve avec cinq enfanls, comptait plus sur ses secours qu'elle ne pouvait l'aider, mais il était plein de courage et de confiance en Dieu. Ni les privations ni le travail rie l'effrayaient. Il devait, après de dures épreuves, où son caractère et sa foi ne faillirent jamais, trouver, pour quelques années, le calme et la paix dans une situation digne de lui, digne de son âme et de son cœur.
Au mois d'avril 1834, il cherchait encore sa voie, s'occupant d'abord d'assurer son pain de chaque jour : il avait surtout soif d'être aimé. Sa lettre à Turquety le dit assez :
Vous le voyez, je n'ai rien que mon cœur, mais un cœur aimant, trop aimant peut-être, un cœur qui a besoin d'un écho et qui espère le trouver en vous.
Son enthousiasme affectueux se traduisait en outre dans des strophes qu'il adressait en môme temps à l'auteur d'Amour et Foi avec cet épigraphe :
Nous combattrons en frères, Pour les mêmes foyers et les mêmes autels.
(F. Hugo à Lamartine.)
En voici quelques unes :
Non, ton plus doux espoir ne sera pas un rêve t Vois, dans ce ciel si pur où ton astre se lève,
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Plus d'un regard ami Ta béni d'un salut ; Plus d'un élan d'amour t'est venu de la fouie. Oh ! puisse t'arriver, comme un cri dans la houle, Ce faible hommage de mon luth !
Parmi le bruit des camps où la lutte s'apprête, J'ai distingué ta voix ; j'ai relevé la tête, Quand l'écho m'apporta deux mots : Amour et Foi. Ta main les a tracés sur ta noble bannière ; Ami, laisse-moi prendre une place derrière, Car je veux combattre avec toi.
Avant de partager tes succès,, tes alarmes, Défenseur des autels, fais-moi ton frère d'armes ! Ne me refuse pas le beau titre d'ami ; Je le réclame au nom de cet amour suprême Qui faisait reposer sur le sein de Dieu même Le front de l'apôtre endormi *.
Turquety s'empressa de répondre à cet appel fait à son cœur et d'accepter l'amitié qu'on lui offrait. L'épanchement de cette âme avait été,
comme il le dit, bien avant au fond de la sienne
et le remuait d'une manière douce et forte :
Vous avez bien raison, lui écrivait-il, en le félicitant de son talent naissant, de penser que ce don de poésie était un moyen de salut pour vous, — ajoutez seulement et pour d'autres. Car il faut que les catholiques se jettent mainte-
1. Cette pièce dont nous avons l'autographe sous les yeux a été reproduite dans les Œuvres choisies, p. 376.
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nant dans l'arène ; il faut qu'ils combattent de la voix dans cette grande crise sociale qui n'a pas de nom dans la langue humaine et qui désespérerait si le Christ n'était là. .... Prions, monsieur, prions le Christ, ce Dieu si bon, si tendre : prions-le de toutes nos forces, et il versera sur nos âmes le miel de sa parole, il consolera nos douleurs. Le sentier de la vie n'est jamais rude quand on pense à lui ; car il est la source de toute espérance. Aimons-le et nous serons heureux en attendant le ciel *.
Grande fut la joie de M. Carrière en recevant, avec un exemplaire d'A mour et Foi, cette lettre qui comblait ses plus chers désirs. Il en exprima au plus vite ses sentiments au poète qui le traitait en ami et son cœur lui suggéra un témoignage palpable, pour ainsi dire, de sa reconnaissance et de sa sympathie.
Turquety fut vivement ému, nous le savons, en voyant le cachet de cire qui fermait la seconde lettre de M. Carrière : c'était une harpe au pied d'une croix, avec cet exergue : Amour et Foi. Le temps a respecté ce délicat hommage et ce n'est pas sans émotion nous-môme qu'au moment où nous écrivons ces lignes, nous laissons nos yeux s'arrêter sur cette fragile empreinte, moins fragile, hélas ! que la vie humaine, puisque la main qui l'a imprimée est glacée depuis longtemps.
Turquety et le jeune poète lorrain étaient trop étrangers l'un à l'autre, malgré leurs points de
i. Lettre du io avril 1834.
contact, pour que la correspondance pût rester active entre eux ; mais pendant qu'elle dura, M. Carrière, avec le confiant abandon d'un cœur heureux de s'épancher, raconta longuement sa vie, ses aspirations, ses espérances, ses désirs, ses déconvenues, ses épreuves, ses tristesses. Il y fit voir à nu le fond d'une belle âme profondément chrétienne, d'une âme trop sensible et trop tendre pour ne pas user de bonne heure sa frêle enveloppe. A cette époque, il se croyait même déjà mortellement atteint et voyait avec douleur sa mère aux prises avec la maladie et s'écriait :
Ma nière, le seul bien qui me reste ici-bas, ma mère qu'il me faudra pleurer, moi qui espérais sentir ses larmes sur mon cercueil ! Car, mon cher ami, ma santé s'affaiblit, le chagrin la tue... Vous êtes de la famille de mon cœur ; j'avais une larme à verser et j'étais bien aise de la répandre devant vous *.
Turquety, plus âgé et très réservé vis-à-vis des personnes qu'il ne connaissait pas depuis longtemps, ne livra pas aussi complètement ses secrets à son jeune ami. Ses lettres affectueuses continrent surtout des encouragements et des conseils, tels que ceux-ci :
Permettez-moi, comme ami, d? vous rappsler tous les dangers de la ville que vous allez habiter 2 . Ne perdez pas