Lettre du 9 décembre
mes deux bien-aimês, 6 mon père et ma mère, Je ne nommai que vous dans toute ma prière, Moi, le dernier enfant qui reste à vos vieux jours, Moi, votre seul espoir, moi, votre seul recours ! Oh ! disais-je, en songeant à cette pauvre femme Aux gestes convulsifs, à l'œil terne et sans flamme, Et qui s'offrait toujours à mes regards émus : — Oh I que deviendraient-ils si je n'existais plus 4 ?
Il ferma d'abord les yeux à sa mère : le 22 février 1844, cette belle âme quittait la terre, laissant inconsolables deux êtres qu'elle avait tant aimés et pour le bonheur desquels elle eût donné sa vie. De tous côtés arrivèrent au mari et au fils désolés des témoignages de sympathie. M me Swetchine et Souvestre ne furent pas les derniers à prendre part à cette douleur ; ils la comprenaient si bien I
Dieu vous laisse, écrivit la première au poète, toutes*les espérances, toutes les consolations aussi, car vos soins ont tout adouci, et pourtant, que je vous plains ! Quelle place douloureusement vide que celle où vous ne retrouverez plus une excellente mère !... Jamais on ne ressentira avec trop de sensibilité une si grande affliction ; mais cette sensibilité n'exclut pas le courage, car tous deux, dans ce qu'ils ont de profond et de soutenu, appartiennent à l'âme forte. Vous le voyez, moucher ami, la vôtre ne s'est pas démentie dans ces affreux moments où il semble qu'on oublie tout : vous avez rendu à Dieu et à votre bon père ce que vous leur deviez de soumission d'une part, de support de l'autre ; vous avez racheté votre douleur, et en résistant au déses-