‹ La vie d'un poète: Édouard TurquetyChapitre 48 sur 64 · De Paris, 23 mars · texte numérisé non relu

De Paris, 23 mars

210 EDOUARD TURQUETY

de sa mère plus blancs qu'avant son départ» il s'écriait :

mon Dieu, gardez-moi ces deux âmes si chères! Gardez mon doux trésor, il est là tout entier ; S'il vous faut l'un des trois, prenez-moi le premier ; Prenez-moi ; que ferai s-je, hélas ! dans ce vain monde Sevré des tendres soins dont leur amour m'inonde?

Cette pièce de vers n'échappa point h sa mère lorsqu'elle lut Primavera (p. 339) : elle l'en remercia :

Oh ! qu'elle est belle, mon chéri, qu'elle est touchante ! Qu'on voit bien là ton bon cœur! Oh! ne crois pas que nous puissions te survivre, c'est à nous à partir les premiers ; et, de cette patrie qui nous attend, nous veillerons sur toi*.

Cette lettre porte des traces de larmes, des larmes de la mère ou de celles du fils.

Oh ! le poète n'avait pas dit là sa véritable pensée. Ce cri de douleur avait échappé à son cœur : car il comprenait que sa tendresse était nécessaire à ces deux vieillards. Un jour, près de Provins, dans un village, il rencontra, sous les murs du cimetière, une pauvre mère dont le regard * affolé était fixé sur la tombe de son dernier enfant: cette vue lui rappela ses parents : il se jeta à genoux et pria :

Page 1