Paul Foucher
au contraire de rencouiagement. — La recommandation était inutile, la pièce a été enlevée et chaudement applaudie par le petit groupe de spectateurs. J'ai toutefois fait à Thierry, qui est venu me voir dans ma baignoire, quelques observations sur la mise en scène de la fête du o'' acte, ce dont il m'a remerciée. J'ai eu aussi la visite de Camille Doucet ; il m'a affirmé, de l'accent le plus pénétré, qu'en désirant la reprise àHernani, le ministère agissait avec une complète bonne foi ; que, s'il en eût été autrement, la pièce n'aurait pas été autorisée, que de toutes parts, on en souhaitait le succès, comme un hommage rendu au plus grand poète du siècle. J'ai répondu à Doucet : qu'entraînée plus que jamais dans mes convictions démocratiques, je désirais pourtant quHernani se présentât au public comme une solennité littéraire, mais qu'au cas d'opposition, je ne pouvais répondre de rien. Il m'a croisée le soir dans mon quartier et m'a abordée en me félicitant du succès de la journée. La princesse de Beauvau qui assistait, par M"" Favart, à la répétition, est venue me voir aussi dans ma loge, pleine d'enthousiasme, elle m'a priée de te le transmettre. Auguste est plus que jamais assailli de demandes, dont la majorité viennent d'étudiants. Ils iront partout pourvu qu'ils soient dans la salle. Il y en avait un l'autre soir chez Meurice, affamé de toi, il m'a dit : « M. Victor Hugo est notre religion. » Je suis ravie de cette renaissance des jeunes esprits qui sont
l'avenir de nos vieilles années et contente de mon voyage qui me met l'espérance au cœur. »
La lettre suivante est adressée à François-Victor, à Bruxelles :
Samedi.
« Je t'envoie, comme d'habitude, mon Victor, cette lettre que tu feras partir demain pour ton père. Les journaux vous auront appris le succès inénarrable qu'a eu Hernani. C'est de la frénésie. On s'embrassait jusque sur la place du théâtre. La jeunesse a dépassé par l'ardeur celle de 1830. Elle s'est révélée superbe, vaillante, prête à tout. Je suis heureuse, je suis au ciel. Une excellente note pour Paul*, absolument des nôtres. Pour Auguste nous ne saurions lui être trop reconnaissants. Malade, il a seul porté le poids et la responsabilité de cette reprise, contredit sur plusieurs points par d'autres amis. W^olff a fait, je crois, dans le Figaro, un article excellent pour Hernani. Mais pourquoi cette charge à fond contre Auguste ? Est-ce là le paiement d'un si grand dévouement? Joins ce mot à ma lettre à ton père, lu m'éviteras de lui écrire ce que je t'écris. V^ous ne m'avez seulement pas remerciée de ma dépêche. Je partirai mercredi après la 3" représentation. Attendez-vous à être grondés. »