FEMME DE VICTOR HUGO
C'est bien l'épitaphe qu'elle aurait choisie elle-même. Elle aima Victor Hugo d'abord pour lui-même, elle l'aima ensuite pour son génie; elle voulait « essayer d'être digne de lui », elle le fut par la beauté de ses sentiments, par la noblesse de son caractère, par la grandeur du sacrifice; elle le fut, lorsque, par l'amour qu'elle lui inspira et qu'elle lui rendit, elle devint sa véritable muse, lorsqu'elle s'associa à ses luttes et à ses travaux.
Ce qui domine toute son existence, ce qui fut pour elle l'objectif, nous dirions volontiers l'obsession, ce fut de servir la gloire du nom; c'est ce qui la dirigea, quand elle écrivit ses mémoires, quand elle poussa ses fils à se consacrer aux lettres, il lui semblait qu'elle ajoutait ainsi un nouveau rayon à ce soleil. Elle fut la tributaire souvent heureuse, mais éprouvée du génie.
Dans ses sourires il y a eu des larmes, dans sa fierté de la résignation, dans son silence du respect, dans son sacrifice la volonté détre aimée comme une amie véritable, et de servir son culte pour le génie. Ses conseils éclairés, son dévouement, les hautes inspirations que son caractère, sa grandeur d'àme, sa bonté, sa générosité, ses élans d'amour, ses sentiments d'aflfeclion avaient fait naître dans l'esprit de Victor Hugo, lui assurent une part de la gloire de celui auquel elle avait associé sa vie. Si. sa modestie, sa discrétion, sa réserve, son efifacement volontaire n'ont pas permis jusqu'alors de lui assigner sa véritable place, nous espérons que ces pages contribueront à réparer une injustice et à mettre en pleine lumière celle qui fut la fée bienfaisante du plus grand poète du xix*" siècle.