‹ La vie d’amourChapitre 10 sur 57 · IV. — L’amour en Jésus, dans les enseignements qu’il donne · texte numérisé non relu

IV. — L’amour en Jésus, dans les enseignements qu’il donne

Jésus est trop essentiellement l’amour, pour que l’amour ne fasse pas le fond de ses enseignements. Venu pour nous révéler les perfections divines, Il doit nécessairement faire ressortir en

l'amour en Jésus

Dieu la charité qui est son essence. Se présentant aux hommes comme l’envoyé de son divin Père, il doit également nous apparaître comme un foyer de charité divine dans l’humanité.

C’est pourquoi II parle avec tant de complaisance de l’amour mutuel que se portent éternellement Lui et son Père. « Père, dit-Il, vous m'avez aimé avant la constitution du monde *. » L’amour L’a envoyé dans le monde, l’amour Le gardera fidèle à accomplir en tout les volontés de son Père, et à faire de l’amour sa demeure permanente sur la terre comme au ciel. « J’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour 2. »

Peut-on proclamer plus hautement l’éternité de l’amour en Dieu et le caractère de divine charité qui constitue la vie terrestre de notre adorable Sauveur ?

Mais cet amour, dont Jésus est l’objet de la part de son Père, devient pour Lui l’exemplaire de l’amour qu’il nous porte à nous-mêmes : « Je vous ai aimés, comme mon Père m’a aimé 3. » Toute mystérieuse que paraisse cette solennelle protestation d’amour à l’égard de pauvres pécheurs comme nous, nous n’avons qu’à suivre

1 Jean, xvii, 24. — 2 Jean, xv, 10.

3 Jean, xv, 1.

l6 LA VIE D AMOUR

Jésus dans sa vie mortelle pour n’en point douter, puis à L’entendre proclamer la même vérité au seuil de sa Passion, sous la forme d’une dernière sublime prière : « Père , ceux que vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils soient avec moi ... Je suis en eux et vous en moi ... afin que le monde connaisse que vous les avez aimés, comme vous m'avez aimé... Je leur ai fait connaître votre nom, afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux et que je sois en eux i. »

Ce que Jésus est vis-à-vis de son Père, Il veut que nous le soyons à son égard. Notre amour • seul sera la réponse à tout l’amour qu’il nous porte. « C'est le premier commandement, dit-il, vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de tout votre esprit et de toutes vos forces 2. » Quoique Lui et son Père ne fassent qu’un, Il demeure la voie indispensable pour aller à son Père : « Personne ne va au Père que par moi 3. » Et comme cette voie est amour, il faut aimer le Fils pour être aimé du Père : « Celui qui m'aime sera aimé de mon Père 4. » « Le Père lui-même vous aime parce que vous m'aimez 5. »

1 Jean, xvii, 23-26. — 2 Marc, xii, 3o. — 3 Jean, xiv, 6. — 4 Jean, xiv, 21. — 5 Jean, xvi, 27.

l’amour EN JÉSUS

Jésus réclame l’amour et II en fait la condition nécessaire pour nous aimer davantage et L’attirer ineffablement en nous : « Si quelqu’un m’aime, je l’aimerai, mon Père et moi nous viendrons en lui et établirons en lui notre demeure i, » Donc, pour que Jésus nous aime toujours, nous devons nous-mêmes ne pas cesser de L’aimer. C’est pourquoi II nous supplie de ne jamais nous détacher de Lui et de demeurer dans son amour : « Demeurez en moi. Demeurez dans mon amour 2. »

Tout amour implique le devoir de plaire à l’objet aimé. Aussi Jésus nous enseigne que pour L’aimer, il faut marcher dans la voie des commandements que son amour nous a imposés : « Si vous m’aimez, observez mes commandements 3. » Sans quoi notre amour serait illusoire : « Celui qui ne m’aime pas, ne garde pas mes commandements 4. »

De peur que le sentiment de nos misères nous éloigne de Lui et que notre état de pécheur nous paraisse un obstacle à une vie toute d’amour, Jésus nous dit sur tous les tons qu’il est venu pour les pécheurs, Il nous appelle tendrement à Lui et II nous donne deux exemples frappants

1 Jean, xiv, 23. — 2 Jean, xv, 9. — 3 Jean, xiv, i5. — 4 Jean, xiv, 24.

de repentis qui n’ont obtenu leur pardon que par l’amour. Madeleine, la pécheresse : « Beaucoup de péchés lui sont remis , parce quelle a beaucoup aimé 1 » ; Saint Pierre, l’Apôtre infidèle : « Pierre, m’ aimes-tu? Pierre, m'aimes-tu plus que ceux-ci?... Pais mes brebis, pais mes agneaux 2. »

N’avons-nous pas raison de dire que Jésus, dans ses enseignements, ne proclame rien plus éloquemment que la nécessité de l’amour, et qu’il n’en indique rien plus clairement que les lois éternelles et les divins effets? Prêtons donc l’oreille à Jésus qui nous parle, et comprenons comment nous devons L’aimer, en considérant comment II a été tout amour pour son Père et pour nous.

V. — L’amour en Jésus, dans le Sacrifice suprême qu’il offre.

Jésus devait mourir comme II avait vécu. L’amour étant essentiel en Lui, tout, dans sa vie, en portait l’empreinte. Il n’avait pris une existence terrestre que par amour ; Il ne pouvait y mettre fin que dans le même esprit d’éternelle charité.

Le motif de son Incarnation est inséparable

1 Luc, vii, 47. — 2 Jean, xxi, 15-17.

l’amour en Jésus

de celui de la Rédemption. L’amour Le fait naître, l’amour devra Le faire mourir. Les raisons éternelles du don que nous en fait le Père accompagnent le Fils jusqu’au terme de sa course ici-bas, et son amour qui L’a livré sera encore là pour nous Le sacrifier. La mission rédemptrice qu’a assumée Jésus, par un effet de sa tendresse pour son Père et pour nous, Il ne l’accomplira totalement que quand, par un surcroît d’amour infini, Il permettra à la mort de Lui ravir la vie et d’en faire une victime crucifiée.

Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre qu’il y a plus d’amour pour mourir que pour vivre. Jésus Lui-même nous dit « quil n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime 1 ». Tant que l’on n’a pas donné ce témoignage suprême de son amour, il reste quelque chose que l’on peut encore sacrifier ; mais quand la mort a tari la source de la vie, il n’y a plus rien que l’on puisse encore offrir. La mort généreusement offerte est en quelque sorte un épuisement de l’amour, qui s’éteint en même temps que la vie.

Mais cette mort Jésus ne l’a pas subie ; Il l’a voulue, Il l’a désirée, Il l’a choisie de son plein

1 Jean, xv, i3.

LA VIE d’ AMOUR

gré : « Personne ne m’enlève la vie. Seul j’ai le pouvoir de la donner et de la reprendre l. » Il ne l’embrasse que quand son amour, arrivé à son apogée, ne Lui laisse plus le pouvoir de vivre : « Desiderio, desideravi. »

Jésus avait vécu pour arriver à cette heure décisive, marquée dans les décrets éternels, où, par l’effusion de son sang, Il devait opérer le salut du monde. Il aimait son divin Père et II l’aimera jusqu’à la fin. Cet amour lui fait affronter toutes les douleurs de sa passion et de sa mort : « A fin que le monde sache que j’aime mon Père, allons 2. »

Quel exemple sublime d’amour crucifié nous avons en ce Jésus qui aurait pu nous sauver autrement, mais qui a voulu se constituer notre victime et pousser la charité jusqu’à s’immoler et mourir pour nous. Que le souvenir de Jésus crucifié nous devienne une source intarissable de reconnaissance et d’amour.

VI. — L’amour en Jésus, dans le Sacrement de l'Eucharistie qu’il institue.

Jésus va mourir, et sa mort va l’enlever à la terre. Mais son amour ne meurt pas, et après la preuve qu’il nous en donne sur le Calvaire, où

1 Jean, x, 18. — 2 Jean, xiv, 3i.

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