‹ La vie d’amourChapitre 11 sur 57 · L AMOUR EN JÉSUS · texte numérisé non relu

L AMOUR EN JÉSUS

les fruits de son immolation sont éternels, Il nous en offre une autre non moins évidente par l’Institution du Sacrement adorable de l’Eucharistie.

C’est bien le temps de répéter la parole de saint Jean : « Comme 11 aimait les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu à la fin i. » Comment, en effet, attribuer à Jésus un autre motif que celui de l’amour, dans ce mystère ineffable qui nous assure, jusqu’à la fin des temps, sa présence vivante au milieu de nous?

Venu pour nous sauver, Il a accompli son œuvre et sa mission est finie. Sa vie et sa mort étaient plus que suffisantes pour nous redire sans cesse son amour. De la crèche à la croix, Il avait laissé comme une traînée de charité divine capable de nous rappeler sans cesse jusqu’à quel point II nous avait aimés.

Qui donc aurait osé Lui demander plus d’a-

mour et prétendre qu’il n’en avait pas épuisé la coupe ? Qu’aurions-nous pu désirer encore, qu’il ne nous ait donné, en nous sacrifiant sa vie ? Comment aurions-nous pu ajouter quelque chose à l’amour d’un Dieu qui meurt pour nous et qui, par sa mort, nous ferme les portes de l’enfer et nous ouvre celles du ciel ?

1 Jean, xiii, i.

En vérité, tout est consommé : la justice divine est apaisée, la miséricorde a pardonné, l’amour a expié et la mort a redonné la vie. Il n’y a plus qu’à adorer, bénir, aimer et se sanctifier.

Jésus toutefois n’avait pas révélé tous les secrets de son amour. Il était descendu dans l’humanité, et II voulait y rester. Trente-trois années de vie terrestre, c’était trop peu pour Celui qui trouve ses délices parmi les enfants des hommes. L’effusion de son sang, dans le sacrifice suprême de la mort, c’était trop peu pour une victime qui ressuscite à la vie et qui veut encore donner des preuves de son amour.

Mais comment partir et rester à la fois ? Comment revivre dans l’humanité, lorsque tout homme ne meurt qu’une fois et que, par la mort, son sort est définitivement fixé ? Et puisque, d’après Jésus Lui-même, l’on ne peut donner une plus grande preuve d’amour que de sacrifier sa vie, que pourra faire de plus, pour manifester sa charité, le divin Libérateur qui a accompli pour toujours sa mission rédemptrice ?

Jésus seul, dans sa toute-puissance divine et dans sa charité immense et éternelle comme Lui, pouvait résoudre un semblable problème. Il n’y était pas tenu, mais II l’a voulu. Et c’est là

l’amour en Jésus

qu’apparaît le mystère insondable d’un amour que nous ne pouvons comprendre.

« Il m’a aimé, s’écrie saint Paul, et 11 s’est livré pour moi'. » C’est comme s’il disait : m’ayant aimé jusque là, Il ne pouvait faire davantage. Mais de tous les Tabernacles du monde s’élève une voix dont les accents d’amour sont capables de plonger dans la stupeur. Celui qui la fait entendre, c’est le Jésus de Nazareth, c’est le crucifié du Calvaire. Tout ce qui L’a consumé d’amour pendant sa vie et à sa mort, Il l’a renfermé dans la petite Hostie où II revit pour continuer de nous aimer encore.

Cette fois, Il ne quittera plus l’humanité, et quoique les hommes l’aient chassé de ce monde, son amour leur imposera sa présence. Plus humilié et plus sacrifié que pendant sa vie mortelle, Il voilera sa sainte humanité et laissera ignorer sa gloire, pour nous permettre de L’approcher de plus près. Il se condamnera à un état apparent de mort, et ses anéantissements inouïs ne cesseront de nous prêcher sa miséricorde et son amour.

Ne voulant priver personne des grâces sans nombre de son divin voisinage, Il fera de la terre

1 Gal., Il, 20.

entière son royaume de charité et II multipliera sa présence sur tous les points du globe.

Ne se contentant plus de ses divins appels à l’amour et des preuves extérieures qu’il en a données dans sa vie mortelle, Il voudra entrer en nous et nous devenir un aliment de vie éternelle. L’existence même qu’il prend chaque jour à l’autel, Il viendra la perdre dans notre poitrine et nous donner ainsi, sous une forme non sanglante, sa vie sacramentelle.

Après tant d’amour, il n’y a plus que le ciel, pour jouir sans fin de la charité divine qui embrase le cœur des bienheureux.

VII. — L’amour en Jésus, dans le Sacerdoce qu’il se substitue.

Autant est adorable le Sacrement d’amour que Jésus institue pour conserver sa présence parmi les hommes, autant est admirable l’institution du Sacerdoce, cette autre sublime invention de son amour, pour en assurer la perpétuité.

Le même amour qui a décrété sa venue sur la terre et L’a fait la victime expiatrice des péchés du monde, se concentre en l’Eucharistie et revit, pour la consolation des humains, partout où il y a une hostie à adorer et un pain descendu du ciel à manger.

Pour opérer ce nouveau miracle de son amour,

l’amour en Jésus

Jésus ne peut plus être seul pour agir. Pour s’incarner, Il reçoit de son Père le corps qu’il destine à lui immoler ; pour racheter le monde, Il tire de ses veines le sang dont II se sert pour le purifier ; pour se faire Sacrement, au soir de la Cène, Il se renferme Lui-même dans l’hostie dont II se voile. Mais l’acte de l’institution de l’Eucharistie comme celui du sacrifice du Calvaire, n’ont qu’une durée passagère. Une fois accom plis, Jésus ne les renouvellera plus. Son amour toutefois a tout prévu ; et de même qu’il a su inventer un moyen de demeurer à la fois au ciel et au Saint Sacrement, Il a institué un second Sacrement, indispensable au premier, par lequel II se substituera des ministres à qui II donnera la même puissance et confiera la sublime mission de renouveler sans interruption dans la sainte Eglise les mystères de la Cène et du Calvaire.

Conception sublime d’un amour qui n’a d’autre limite que celle de l’infini ! Mystère insondable qui fait presque un Dieu de la créature ! Puissance divine qui confère au Prêtre un caractère analogue à celui que Jésus a reçu de son Père ! Paroles quasi créatrices qui ont le pouvoir de faire descendre Jésus du ciel sur tous les autels du monde ! Mission rédemptrice qui renouvelle

d’une manière mystique le grand Sacrifice de la Croix et en applique les divines efficacités !

Jésus nous a divinement prouvé qu’il est amour, et que son amour pour nous ne connaît point de limites ; mais en instituant le Sacerdoce, n’a-t-Il pas le droit de nous dire que désormais Il ne peut rien faire de plus, et que ce Sacrement, complétant celui de l’Eucharistie, met le couronnement à toutes les œuvres de son amour? C’est ainsi qu’il demeurera avec nous jusqu’à la fin des siècles. Ses Prêtres sont là pour Le faire revivre chaque jour et nous Le livrer aussi miséricordieusement aimant qu’il nous aimait naguère en vivant et en mourant.

Tombons à genoux, abîmons-nous dans des sentiments d’ardent amour, et ne perdons jamais de vue Jésus, le souverain Prêtre qui, par un mystérieux et ineffable amour, a multiplié ses Prêtres dans le monde pour nous redire les merveilles de son infinie charité.

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