I. — L’humanité créée dans l’amour
Lorsque Dieu créa l’homme, il le créa à son image et à sa ressemblance. Comme l’amour est essentiel en lui, il dût alors déposer dans le cœur de l’homme, non seulement des aptitudes à aimer, mais encore une nécessité d’aimer inhérente à la nature qu’il lui avait donnée. L’homme
ne serait pas semblable à Dieu, s’il lui manquait cette qualité d’aimer que comporte sa nature intelligente, et cette obligation d’amour indispensable au service qui est dû à la Divinité.
L’homme n’étant point créé pour d’autre fin que celle d’honorer et de glorifier Dieu, il ne pourrait atteindre cette fin s’il ne rendait à son créateur un culte d’amour autant qu’un culte d’intelligence. A quoi équivaudrait une connaissance de Dieu, qui ne serait pas une connais-
sance aimante ? Ne serait-ce point participer à l’intelligence de Dieu sans participer à son amour ? Cette intelligence, dès lors, que nous aurions de lui, serait une intelligence tronquée qui ne ressemblerait pas à la sienne, laquelle est inséparable de son amour.
De toute nécessité, sous peine de nous méconnaître et de nier notre origine, nous sommes obligés de constater que la pensée éternelle de Dieu a été de créer une humanité aimante, comme il l’avait fait déjà dans la création de la nature angélique.
La prévarication de l’homme n’a rien changé à la pensée éternelle, si ce n’est que nous sommes doublement obligés d’aimer, et par devoir de création et par devoir d’expiation.
Quelle douce et fortifiante lumière sur notre
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destinée, que de savoir, quoi qu’il arrive, que l’amour devra toujours ensoleiller notre vie et que nous ne goûterons jamais, ni ici-bas ni au ciel, un bonheur comparable à celui d’aimer Dieu et de vivre de cet amour.
Nous ne pouvons donc jamais correspondre davantage aux desseins de Dieu sur nous, qu’en l’aimant, qu’en faisant de son amour la passion dominante de notre vie, qu’en sacrifiant tout à son amour et qu’en soupirant sans cesse après un amour plus pur et plus ardent.
II. — Nécessité pour l’humanité de retourner à son état premier.
En péchant, l’humanité a fait une scission entre Dieu et elle, et cette scission s’est faite dans l’amour. Elle a bien continué de croire à son Créateur, mais elle a cessé de l’aimer. A l’exemple des anges infidèles, elle est tombée dans la mort ; et si cette mort n’a pas été éternelle, c’est encore un effet de l’amour de Dieu qui a usé envers elle de compassion et de miséricorde.
Cette séparation violente d’avec son Dieu a brisé pour un moment les liens d’amour qui unissaient l’humanité à son divin principe. Par ce fait, elle a tari les relations d’amitié divine que Dieu avait établies avec elle, à l’origine. Dieu
reconnaissait bien encore en elle son image, mais le péché l’avait défigurée, et seul l’amour qui lui avait été refusé pouvait, en revenant, rétablir l’équilibre rompu et rendre sa beauté primitive à l’œuvre de ses mains.
L’amour qui avait présidé à la création de l’homme, était seul capable de le sauver et de le ressusciter. Dieu en trouva encore le secret dans son sein. L’amour apparut dans le monde sous la forme de la miséricorde, et Jésus se porta garant de l’expiation de l’humanité.
N’y a-t-il pas là de quoi nous abîmer dans l’adoration et la reconnaissance ? Quel témoignage de plus pouvons-nous désirer, de l’infinie charité de Dieu envers nous? Ce Jésus qui vient vers nous pour nous purifier et nous sauver, n’est-Il pas l’amour éternel nous apparaissant sous des dehors de plus grande tendresse ? Ce Jésus qui se substitue à l’humanité et prend notre place pour porter nos péchés et les réparer, n’est-Il pas l’amour de Dieu personnifié, nous enseignant qu’il n’y a pas plus de réparation sans amour que d’amour sans réparation ?
Tous nous portons en nous les traces du péché ; c’est donc nous, pécheurs, que Jésus aime, et qu’il aime jusqu’aux derniers excès de l’amour. Et maintenant qu’après nous avoir pardonnés, Il
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nous a rendu son amour, n’est-ce point pour que nous unissions au sien notre amour retrouvé?
Nous devons L’aimer autant que nous L’avons offensé. Nous devons faire nôtre son expiation, et L’aimer par notre pénitence comme nous L’aurions aimé si nous n’avions jamais péché.
III. — Nécessité de l’amour pour obtenir une réparation totale.
Lorsque nous parlons de réparation pour nos péchés, nous n’entendons point une autre réparation que celle de l’amour, puisque, en réalité, l’amour seul peut nous faire faire les sacrifices que réclame une réparation parfaite et nous ramener à l’état premier d’où le manque d’amour nous a fait déchoir.
Jésus, à vrai dire, ne se contenterait pas de notre réparation, si elle ne comportait en même temps une augmentation d’amour pour L’avoir offensé après avoir été tant aimés.
L’amour nouveau que Jésus nous prodigue si miséricordieusement en nous pardonnant, demande une réponse, et cette réponse ne peut être qu’une réponse d’amour. Pourquoi aurait-il dit que l’amour avait mérité le pardon à Madeleine la pécheresse, si la mesure de l’amour ne faisait la mesure du pardon ? Pourquoi se seraitil contenté des trois protestations d’amour de
saint Pierre, correspondant à ses trois négations, s’il n’avait voulu nous enseigner par là que tout est dans l’amour, et l’amour qui expie et l’amour qui rend aux âmes leur innocence ?
Le Jésus qui nous révèle l’amour, nous le prêche sous l’aspect d’un crucifié. Par là, Il nous dit éloquemment que pour atteindre les limites extérieures de la réparation qu’exigent nos péchés, il nous faut un amour qui soit capable de nous conduire jusqu’au sacrifice de notre vie.
Aimer, c’est donc réparer. Réparer et aimer, c’est donc souffrir. Douce souffrance, qui rend à Dieu ce qu’on lui a ravi. Sanctifiante souffrance, qui accroît l’amour en même temps qu’elle purifie. Vivifiante souffrance, qui redonne la vie après l’avoir perdue.
Attachons-nous à la croix où l’amour a cloué Jésus. Avec Lui aimons et réparons. Notre bonheur et notre perfection sont là.