‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 11 sur 275 · I. Jules, fils naturel de Julien de Médicis. E. F · texte numérisé non relu

I. Jules, fils naturel de Julien de Médicis. E. F

notre rappel à Florence. Un certain élève de mon père, poussé par son insigne méchanceté, conseilla au cardinal de m'cnvoyer à Bologne, pour me perfectionner sur la flûte, à Fècole d'un grand maestro nommé Antonio, lequel était vraiment habile dans son art. Le cardinal dit à mon père que, s'il y consentait, il me donnerait des lettres de recommandation et de crédit. Mon père mourait d'envie de voir ce projet réalisé, et comme moi, de mon côté, j'avais le désir de courir le monde, je partis sans peine.

Arrivé à Bologne, je me mis à travailler avec maestro Ercole del Piffero et je commençai à gagner de l'argent, ce qui toutefois ne m'empêchait pas d'aller chaque jour à ma leçon de musique. En peu de semaines, je fis beaucoup de progrès dans ce maudit flûter, mais de bien plus grands encore dans mon état d'orfèvre, parce que, ne recevant aucun secours du cardinal de Médicis, j'entrai chez Scipione Cavaletti, miniaturiste bolonais, qui demeurait dans la rue Nostra-Donna del Baraccan. Là, je dessinai et je travaillai pour un juif nommé Grazia- Dio, avec lequel je gagnai beaucoup d'argent.

Au bout de six mois, je revins à Florence. Mon retour contraria vivement le fifre Pierino, qui avait été élève de mon père; néanmoins, pour plaire à celuici, j'allai souvent chez Pierino donner du cor et jouer de la flûte avec son frère Girolamo, bon et digne garçon qui était de quelques années plus jeune que lui et d'un caractère tout opposé au sien. Un jour, mon père se rendit chez Pierino pour nous entendre ; mon jeu lui ayant plu infiniment, il dit : « Je ferai pourtant de toi un merveilleux musicien, en dépit de ceux qui ont voulu m'en empêcher. » A cela Pierino répondit avec

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