I.IV1U-: PREMIER
raison : « Votre Benvenuto tirera plus d'honneur et de profit de rorfèvrcric, s'il s'y applique, que de cette fifrade. » A ces paroles, nion père, voyant que je partageais cet avis, entra dans une telle colère, qu'il s'écria : M Je savais bien que c'était toi qui t'opposais à mes plus chers désirs, toi qui m'as fait priver de ma place au palais, en me payant de cette basse ingratitude qui est la récompense ordinaire des grands bienfaits. C'est moi qui t'ai procuré un emploi et c'est toi qui m'as fait perdre le mien ; je t'ai enseigné la musique et tout ce que tu sais, et tu empêches mon fils d'obéir à mes volontés ; mais garde bonne mémoire de ces paroles prophétiques : avant non quelques années, non quelques mois, mais seulement quelques semaines , tu seras englouti en punition de ta honteuse ingratitude. — Maestro Giovanni, répliqua Pierino, la plupart des hommes en vieillissant courent à la folie comme vous avez fait; je ne m'étonne plus à cette heure que vous ayez gaspillé si libéralement toute votre fortune, sans songer que vos enfants devaient un jour en avoir grand besoin. Quant à moi , j'ai l'intention d'agir tout différemment ; je veux laisser à mes fils de quoi secourir un jour les vôtres. » A quoi mon père répondit : « Un mauvais arbre n'a jamais porté de bons fruits, tout au contraire; et de plus, je te dis que tu es un méchant homme et que tes fils seront fous et pauvres, et viendront demander la charité à mes enfants, qui seront habiles et riches. » Làdessus ils se séparèrent en grommelant l'un contre l'autre.
Je pris le parti de mon excellent père et je lui dis, en sortant avec lui de la maison de Pierino, que je le vengerais des injures de ce ribaud, pourvu qu'il me permît
de m'appliquer au dessin. « Cher enfant, me dit mon père, moi aussi j'ai été bon dessinateur, mais en récompense de mes peines, mais pour Tarnour de moi ton père qui t'ai donné le jour, qui ai soigné ton enfance, qui t'ai enseigné les principes de tant d'arts honorables, ne me promettras -tu pas de prendre quelquefois ta flûte et ton cornet, et d'en jouer avec plaisir ? » Je lui répondis que je le ferais volontiers pour l'amour de lui. « Acquiers des talents, me dit-il alors, ce sera la meilleure vengeance que tu pourras tirer des injures de mes ennemis. »
Un mois ne s'était pas encore écoulé depuis cette scène, lorsqu'un jour Pierino, se trouvant avec plusieurs de ses amis dans une chambre du rez-de-chaussée de sa maison de la rue Dello Studio, au-dessus d'une voûte qu'il faisait construire, se mit à parler de mon père, son ancien maître, et à répéter les paroles que celui-ci lui avait dites en lui pronostiquant qu'il serait englouti. Aussitôt, soit que la voûte eût été mal jetée, soit par la volonté de Dieu qui n'attend pas au dernier jour pour châtier, il fut englouti. Les pierres et les briques qui le suivirent dans sa chute lui fracassèrent les deux jambes à la fois. Ses amis qui étaient avec lui restèrent sur les bords du précipice sains et saufs; mais grande fut leur frayeur et leur stupéfaction, surtout en pensant aux paroles ironiques que Pierino venait de prononcer à l'instant.
Dès que mon père eut appris cette nouvelle, il courut chez Pierino, et, en présence de Niccolo de Volterra, son père, lequel était trompette de la république, il lui dit: « Oh! Pierino, mon cher disciple, je suis bien affligé de ton malheur, mais tu dois te souvenir que je t'en ai averti, il y a peu de temps. Ainsi s'accompliront