‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 13 sur 275 · I.IVUK PkKMIi;K · texte numérisé non relu

I.IVUK PkKMIi;K

mes prédictions sur tes enfants et les miens. » Quelques jours après, Tingrat Pierino mourut de ses blessures. Il laissa une femme impudique qui vint à Rome quelques années plus tard me demander l'aumône. Je ne la lui refusai point, tant il est dans ma nature d'être charitable, et puis je ne pouvais songer sans larmes à la prospérité dont jouissait Pierino quand mon père lui prédit que ses fils viendraient un jour implorer notre pitié. Mais en voilà bien assez sur ce sujet, j'ajouterai seulement que personne ne doit jamais injustenient se moquer des pronostics d'un homme de bien qu'il aura injurié, parce que souvent ce n'est plus un mortel qui parle, mais la voix de Dieu même.

Fuite de la maison paternelle. — Séjour à Pise. — Maître Ulivieri.

Grâce à mes travaux d'orfèvrerie, je fus en état d'aider mon bon père. Ainsi que je l'ai dit plus haut, mon jeune frère Cecchino avait reçu quelque teinture des lettres latines, parce qu'on désirait faire de lui un grand jurisconsulte, comme de moi un grand musicien; maison ne put vaincre ses dispositions naturelles, pas plus que les miennes. Je m'appliquai au dessin, et mon frère, qui était bien taillé, d'une tournure gracieuse et d'humeur tout à fait guerrière, partit sous les ordres de l'illustre seigneur Jean de Médicis. Un jour, j'étais absent de la maison paternelle lorsqu'il y revint. Comme sa garde-robe était

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moins bien montée que la mienne, mes sœurs, qu'il rencontra, lui donnèrent, en cachette de mon père, une cape et un justaucorps fort beaux et tout neufs qui m'appartenaient et que j'avais achetés de mes économies, malgré les secours que je donnais à mon père et à mes bonnes et honnêtes sœurs. Quand je me trouvai ainsi trompé et dépouillé de mes habits, mon frère, à qui je voulais les reprendre, avait disparu. Je demandai alors à mon père pourquoi il m'avait laissé faire un si grand tort, à moi qui n'épargnais aucune peine pour l'aider. A cela il me répondit que j'étais son fils bien-aimé; que, loin d'avoir perdu quelque chose, j'avais fait un véritable gain, attendu que c'était un devoir commandé par Dieu même de partager ce qu'on a avec celui qui ne possède rien. Enfin il ajouta que si, pour l'amour de lui, je pardonnais cette injure. Dieu me comblerait de toutes sortes de biens. Je répliquai à mon pauvre père affligé comme une jeune tête sans expérience; puis ayant pris le peu d'argent et d'habits qui me restaient, je me dirigeai vers une des portes de la ville, ignorant quelle était celle qui conduisait à Rome.

Je me trouvai bientôt à Lucques, d'oii je me rendis à Pise. J'avais alors seize ans environ. Arrivé à Pise, près du pont du milieu, à l'endroit que l'on nomme la Pietra del Pesce, je m'arrêtai devant la boutique d'un orfèvre : je regardais attentivement ce que le maître faisait, lorsqu'il me demanda qui j'étais et quelle profession j'exerçais. Je lui répondis que j'étais un peu de son métier. Aussitôt, cet homme de bien m'invita à entrer dans sa boutique et me donna du travail en me disant : « Ta bonne mine me fait croire que tu es un bon et brave garçon »; et, à l'instant, il me mit entre les

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