LIVRE QUATRIl^IME
être divin qui, si souvent, m'avait donné des avis salutaires. Pour toute grâce, je le suppliais de me mener dans un endroit où je pusse contempler le soleil. Je lui disais que c'était mon unique désir, et que je mourrais content si je pouvais voir cet astre une seule fois. Je m'étais tellement habitué à toutes les misères de ma prison, que j'avais fini par les oublier.
Cependant les familiers du gouverneur, qui s'attendaient à ce qu'on me pendit au créneau qui avait servi à mon évasion, comme il l'avait annoncé, étaient furieux de ce qu'il avait entièrement changé de résolution. Ils cherchaient continuellement, par tous les moyens possibles, à éveiller en moi la crainte de la mort; mais, ainsi que je viens de le dire, j'étais accoutumé à tout cela, au point que je ne redoutais plus rien.
Je n'étais plus tourmenté que du seul désir de voir le disque du soleil. Je ne cessai donc d'adresser de ferventes prières au Christ. « O vrai fils de Dieu! m'écriai-je, au nom de ta naissance, de ta mort sur la croix et de ta glorieuse résurrection, consens, je t'en supplie, à me trouver digne de voir le soleil, au moins en songe. Si tu permets à mes yeux mortels de le contempler, je m'engage à aller visiter ton saint sépulcre. » Je fis ce vœu et cette ardente prière le 2 octobre i5òg.
Le lendemain matin, je me réveillai à la pointe du jour, à peu près une heure avant le lever du soleil. Je sortis de mon misérable grabat, je m'enveloppai d'une mauvaise robe, car le temps commençait à être froid, et je priai avec plus de dévotion que jamais. Je suppliai le Christ de me révéler, par sa divine inspiration, pour quelle faute je subissais une si rude pénitence; je le conjurai de ne point me refuser au moins cette grâce, puis-
qu'il n'avait point consenti à me laisser voir le soleil, même en songe.
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Vision.
A peine eus-je achevé cette prière que mon esprit invisible, semblable à un tourbillon, me saisit et me transporta dans une salle où il se découvrit à moi sous la forme d'un adolescent dont le visage était d'une beauté merveilleuse, mais plutôt austère que riant. « Tous ces gens que tu vois sont ceux qui ont terminé leur carrière mortelle, » me dit-il en désignant la multitude qui remplissait la salle. Je lui demandai pourquoi il m'avait amené en cet endroif. « Suis-moi, et bientôt tu le sauras, « me répondit-il. J'étais revêtu d'une cotte de mailles et je tenais un petit poignard à la main. Il me promena dans cette grande salle en me montrant des milliers d'individus qui marchaient de côté et d'autre. Nous avançâmes ainsi jusqu'à une petite porte qui lui livra entrie dans une ruelle étroite où il m'entraîna. Dès que je fus sorti de la salle, je me trouvai désarmé, en chemise blanche, tête nue, et à la droite de mon compagnon. Quand je me vis dans cette situation, mon étonnement fut grand, car je ne reconnaissais pas cette rue. En levant les yeux, j'aperçus la lumière du soleil qui frappait, audessus de moi, la façade d'une maison. « Ami, dis-je alors à mon compagnon, par quel mo3'en puis-je monter assez haut pour voir le disque du soleil ? » Il m'indiqua
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La vision prit la forme d'une Madone...
A. Quantin, Imp. E dit