LIVRE QUATRIEME
Remords du gouverneur.
Bien que les médecins n'eussent pas conservé le moindre espoir de sauver le gouverneur, il possédait encore toute sa tête et n'était plus tourmenté par ces accès de folie qui l'attaquaient chaque année. Comme il ne songeait plus qu'au salut de son âme, les remords harcelaient sa conscience, et il reconnaissait que j'avais été encore injustement opprimé. Il instruisit le pape des choses merveilleuses que je racontais; mais celui-ci, qui ne croyait ni à Dieu ni à diable, se contenta de lui répondre que j'étais fou et qu'il l'engageait à soigner sa santé le mieux possible.
Quand le gouverneur eut reçu cette réponse, il m'envoya tout ce qui était nécessaire pour écrire, et de plus de la cire et de petits outils pour modeler. Il accompagna ce présent de bonnes et consolantes paroles, qui me furent répétées par un de ses serviteurs qui avait de l'amitié pour moi et qui était tout l'opposé de cette bande de ribauds qui désirait ma mort. Je pris le papier et la cire , et , tout en travaillant, je composai ce sonnet, adressé au gouverneur :
S'i' potessi, signor, mostrarvi il vero Del lume eterno in questa bassa vita, Qual' ho da Dio, in voi via più gradita Saria mia fede, che d'ogni alto impero.
Ahi ! sc'l credessi il gran Pastor del clero, Che Dio s'è mostro in sua gloria infinita, Qual mai vide alma, prima che partita Da questo basso regno aspro e sincero ' ;
Le porte di Justizia sacre et sante Sbarrar vedresti, e'I tristo empio furore Cader legato e al Ciel mandar la voce.
S'i' avessi luce, ahi lasso ! almen le piante Scolpir del Cicl potessi il gran valore! Non saria il mio gran mal si greve croce*.
Mort du gouverneur.
Le lendemain, le domestique qui m'était dévoué étant venu m'apporter à manger, je lui confiai ce sonnet. Comme ses camarades ne me voulaient que du mal, il le remit en cachette au gouverneur, qui, convaincu que Tinjustice dont j'étais victime était la principale cause de