‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 155 sur 275 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Bernardo Galluzi. — RIogc de la prison.

Il faut que je retourne un peu en arrière pour que l'on comprenne certains faits que je rapporte dans mon Capitolo.

Parmi les amis dont j'eus la visite pendant mon séjour chez le cardinal Cornaro et dans le jardin secret du pape, il y avait un caissier de messer Bindo Altoviti, nommé Bernardo Galluzzi. Je lui avais confié.la valeur de quelques centaines d'écus. Ce jeune homme vint me trouver dans le jardin secret du pape et voulut me rendre tout ce qu'il avait à moi. Je lui dis que mon argent ne pouvait être en meilleures mains ni en lieu plus sûr. Il semblait avoir de la répugnance à le garder; mais je l'y contraignis presque de force. Lors de ma sortie définitive du château, le pauvre garçon s'était ruiné : je perdis donc tout ce que je possédais.

Je relaterai encore ici qu'en prison j'eus un songe terrible, pendant lequel un être mystérieux me traça sur le front, avec une plume, des paroles de la plus haute importance, en me recommandant trois fois de ne point les révéler. A mon réveil, je sentis que mon front était contaminé. Du reste, j'ai consigné dans mon Capitolo plusieurs prodiges de ce genre. Tout ce qui arriva au signor Pier Luigi me fut également prédit d'une manière si claire et si exacte que je pensai qu'un ange seul avait pu me parler ainsi.

Je ne veux pas non plus passer sous silence la chose la plus étonnante qui soit jamais arrivée à un homme. Je la rapporte, afin de prouver que Dieu daigna me choisir pour confident des secrets de sa Providence. Qu'on sache donc qu'après la vision que j'ai racontée, il me resta sur la tête une lueur miraculeuse qui a été parfaitement vue par le petit nombre d'amis à qui je Fai montrée. On l'aperçoit sur mon ombre, le matin, pendant deux heures, à compter du lever du soleil, surtout quand le gazon est couvert de rosée, et le soir au coucher du soleil. Je la remarquai en France, à Paris, où on la voyait beaucoup mieux qu'en Italie, parce que dans ce pa3's Tair est plus souvent chargé de vapeurs. Je puis cependant la voir et la montrer aux autres en tous lieux, mais toutefois moins distinctement qu'en France.

Maintenant je vais rapporter le Capitolo que je composai en l'honneur de la prison pendant ma captivité. Je poursuivrai ensuite le récit des événements heureux et malheureux qui ont marqué et qui marqueront le cours de ma vie.

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