‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 154 sur 275 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

de prison. A ces mots, je jurai que je recouvrerais ma liberté en dépit de tout. Mon brave jeune iiomme me supplia de m'apaiser, et me dit que, si je parlais ainsi, j'aggraverais ma position, et que, si j'avais confiance en Dieu, je devais attendre tranquillement ma délivrance. Je lui répondis que, grâce à Dieu, je n'avais nulle peur de la méchanceté et de l'injustice.

Le cardinal Je Ferrare.

Quelques jours après, le cardinal de Ferrare arriva à Rome. Il alla saluer le pape, qui le retint si longtemps que rheure du souper sonna. Le pape, qui était un homme de beaucoup d'esprit, désira continuer à causer à son aise de la France, pensant d'ailleurs qu'à table on dit bien des choses qu'on ne hasarderait pas ailleurs. Le cardinal, qui connaissait à fond le caractère et les mœurs splendides du grand roi François I", sut intéresser et amuser le pape bien plus que celui-ci ne l'Imaginait : aussi le pape était-il de la meilleure humeur du monde, d'autant plus que cela se passait le jour où il avait coutume, chaque semaine, de faire une solide débauche, après laquelle il vomissait. Quand le cardinal vit que Sa Sainteté était en bonne disposition d'accorder des grâces, il me réclama de la part du roi avec chaleur, en insistant sur le vif désir que Sa Majesté avait de me posséder*

Alors le pape, qui sentait approcher l'heure de son vomissement, et chez qui la trop grande abondance de vin produisait son effet, dit au cardinal en riant aux éclats : «Allons, allons, emmenez-le chez vous sans perdre une minute! » Puis il donna des ordres en conséquence et se leva de table. Le cardinal m'envo3'a chercher sur-lecnamp, avant que le signor Pier Luigi le sût, car il ne m'aurait laissé sortir de prison à aucun prix.

A quatre heures de la nuit, deux nobles gentilshommes du cardinal de Ferrare vinrent me tirer de ma prison et me conduisirent auprès de Son Excellence, qui m'accabla d'amitiés et me donna, dans son ftalais, un logement où je trouvai toutes mes aises.

Messer Antonio, qui avait succédé à son frère le gouverneur, exigea que je payasse toutes les dépenses que j'avais faites au château et tous les frais que réclament les sbires et autres gens de cette sorte. Il ne tint aucun compte des volontés que son frère avait exprimées à mon égard. Il m'en coûta bien des dizaines d'écus, et cela parce que le cardinal me dit de veiller sur moi si la vie m'était chère, attendu que, s'il ne m'avait pas retiré de prison le soir même, je n'en serais jamais sorti et que déjà le pape regrettait vivement de m'avoir relâché.

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