‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 158 sur 275 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

J'ai vu celui qui guide le soleil vêtu de rayons, au milieu de sa cour, tel que jamais nul mortel ne l'a vu.

Sur un donjon un passereau solitaire chantait ; je m'écriai : 11 prédit ma délivrance et la ruine de mes ennemis.

Je chantai et j'écrivis ma misère, en demandant à Dieu seul pardon et secours, car je sentais que la mort me fermait les yeux.

Jamais loups, lions, tigres ni ours n'ont été plus altérés de sang humain, jamais vipères n'ont eu de plus venimeuse morsure

Qu'un cruel larron de capitaine, scélérat fietïé et chef d'autres coquins, dont je ne veux parler que tout bas, afin que personne ne le sache.

Avez-vous jamais vu des sbires affamés qui s'abattent chez un malheureux pour exécuter une saisie ? Ils foulent aux pieds a la Vierge et le Christ.

C'est ainsi que, le i" août, ils vinrent pour me transporter dans un sépulcre plus triste encore; mais de Dieu la malédiction devait tomber sur eux en novembre ^

Mais une trompette de vérité à l'oreille me révélait l'avenir, et tout par moi leur était répété sans réflexion, car la douleur éclatait.

Alors, ayant perdu leurs sinistres espérances, ils me donnèrent un diamant, non pas monté en or, mais pulvérisé, qu'ils mêlèrent à mes vivres.

J'exigeai, par bonheur, du vil grcdin qui m'apportait ma pitance qu'il goûtât chaque aliment. Durante, mon grand ennemi, était l'auteur de ce coup; je m'en étais douté.

Vers Dieu je tournai d'abord mes pensées; pour mes péchés j'implorai sa pitié, et, les larmes aux yeux, je m'écriai : Mise-

I. Pour comprendre ce tercet, il faut se souvenir que Cellini sortit de son cachot au mois de novembre, ainsi qu'il l'avait prédit luimême.

Un peu remis de ma douleur affreuse, à Dieu je confiai mon âme, heureux d'aller dans un monde meilleur.

Alors je vis descendre du ciel un ange, tenant une palme glorieuse. D'un air radieux il me promit des jours plus prospères.

Au nom de Dieu, me dit-il, un destin cruci attend tes adversaires; lisseront écartés après un rude combat; toi, tu vivras dans la joie et la liberté, grâce à celui qui est le Père au ciel et sur la terre.

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