‹ La vie de Benvenuto CelliniChapitre 182 sur 275 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

la fosse, (lommc ils ne pouvaient avoir leur grand moule sans d'abord retirer mes deux tètes, ils débutèrent par celles-ci. Il les trouvèrent parfaitement réussies, et ils les placèrent de façon qu'on put les voir aisément. Ils commencèrent ensuite à découvrir le Jupiter; mais à peine eurent-ils creusé deux brasses, qu'ils poussèrent, avec les quatre ouvriers qui les aidaient, un si grand cri, que je les entendis. Pensant que c'était un cri de joie, je me mis à courir, car j^étais alors dans ma chambre, à plus de cinq cents pas de l'endroit où ils se tenaient. Lorsque j'arrivai près d'eux, je les trouvai tristes et confus, dans l'attitude que l'on donne ordinairement aux gardes du sépulcre de Notre-Seigneur. Je jetai les yeux sur mes deux bustes, et, ayant vu qu'ils étaient en bon état, ce succès servit à me consoler de leur mésaventure. Pour s'excuser, ils s'en prirent à leur mauvaise fortune. « Ce n'est pas la faute de votre mauvaise fortune, leur dis-je, mais celle de votre peu de savoir. Si je vous avais vus placer l'âme dans le moule, je vous aurais enseigné d'un seul mot le moyen de mener notre figure à bien ; il en serait résulté beaucoup d'honneur pour moi et de profit pour vous. Il me sera facile, à moi, de réparer le tort que votre ignorance cause à ma réputation ; mais vous, vous y perdrez et votre honneur et votre argent. Que cela du moins vous apprenne une autre fois à travailler et à ne pas vous moquer. »

Ils reconnurent que j'avais raison, et ils implorèrent ma pitié en disant que, si je leur refusais mon assistance et sMls étaient obligés de supporter toute cette dépense, ils seraient réduits à mendier avec leurs familles. Je leur répondis que, si les trésoriers du roi exigeaient qu'ils payassent le dégât suivant leur engagement, je les indem-

niserais de mon argent, parce qu'ils n'avaient en vérité rien négligé pour faire tout ce qu'ils savaient. Par cette conduite, je me conciliai au plus haut point les bonnes grâces des trésoriers et des ministres du roi. Sa Majesté, ayant ét^ instruite de tout ce qui s'était passé, ordonna, avec cette libéralité qui la caractérise, que l'on agît absolument comme je le voudrais.

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