Fils de Philippe Strozzi, déjà nommé. — E. F
2. Ces deux mots sont en français et soulignés dans le texte italien.
sieurs centaines de ducats; les miennes me furent apportées par un des premiers secrétaires du roi, nommé messire Antoine le Maçon'. Ce gentilhomme me les remit avec mille gracieusetés de la part du roi, en me disant : tt Le roi vous fait présent de ces lettres de naturalisation pour vous encourager à le servir. » Il me conta ensuite que Piero Strozzi n'avait obtenu les siennes qu'après les avoir longtemps sollicitées et attendues, tandis que le roi m'avait envo3'é les miennes de son propre mouvement, insigne faveur qui n'avait encore été accordée à personne. A ces mots, j'exprimai la plus vive reconnaissance pour les bontés du roi, puis je suppliai le secrétaire de m'expliquer ce que signifiaient ces lettres de naturalisation. Ce gentilhomme, qui était aussi instruit que courtois, parlait très bien italien. Il ne put d'abord s'empêcher de rire; puis, ayant recouvré son sérieux, il me dit dans ma langue à quoi servaient des lettres de naturalisation, et il m'apprit que c'était un des plus grands honneurs que Ton conférât à un étranger. « C'est bien autre chose, ajouta-t-il, que d'être fait gentilhomme vénitien!» Quand il m'eut quitté, il retourna près de Sa Majesté, et il lui rendit compte de tout ce qui s'était passé entre nous. Après en avoir beaucoup ri, le roi dit : «Je veux qu'il sache pourquoi je lui ai envoyé des lettres de naturalisation. Allez, et faites-le seigneur du château du Petit- Nesle, où il demeure, et qui dépend de mon domaine : il comprendra cela bien plus facilement que les lettres de naturalisation. » Un messager m'apporta ce présent : je lui offris une gratification, mais il ne voulut rien accep-
I. Antoine le Maçon, secrétaire particulier de la reine de Navarre et auteur des Amours de Phidie et de Gélasine, et traducteur du Decameron. — E. F.