LIVRE SIXIÈME. 4o
ter, et me dit qu'en agissant ainsi il obéissait aux ordres de Sa Majesté. Lorsque je revins en Italie, j'emportai avec moi ces lettres de naturalisation et l'acte de donation du château; et, quel que soit le pays où j'irai et où je fixerai mes jours, je ne m'en séparerai jamais.
Travaux divers.
Maintenant, je vais poursuivre le récit de ma vie. Je travaillai avec ardeur aux ouvrages mentionnés plus haut, c'est-à-dire au Jupiter d'argent, à la salière d'or, au grand vase d'argent et aux deux têtes de bronze. Je m'occupai aussi du piédestal du Jupiter. Je le jetai en bronze et je le couvris de riches ornements, au milieu desquels je sculptai en bas-relief, d'un côté, l'enlèvement de Gan3'mède, et, de l'autre côté. Lèda avec son cygne. Ce piédestal réussit parfaitement à la fonte. J'en fis un autre du même genre destiné à la Junon, en attendant que le roi me donnât l'argent nécessaire pour commencer cette statue. Grâce à mon activité, j'avais déjà assemblé toutes les pièces du Jupiter d'argent ainsi que celles de la salière d'or. Le vase était fort avancé et les deux têtes de bronze étaient terminées. J'exécutai en outre plusieurs petits ouvrages pour le cardinal de Ferrare et un petit vase en argent magnifiquement ciselé que je voulais offrir à madame d'Étampes. Dans le même temps je menai afin une foule de joyaux pour maints seigneurs,
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entre autres pour le signor Piero Strozzi, le comte delP Anguillara, le comte di Pitigliano et le comte della Mirandola.
Mais retournons à mon grand roi. Tous les travaux qu'il m'avait commandés étaient donc en très bon train, comme je Tai dit, lorsqu'il revint à Paris. Trois jours après, il se rendit chez moi avec une foule de seigneurs de sa cour. Il fut émerveillé de la quantité d'ouvrages que j'avais entrepris et menés à si bon port. Bientôt il se mit à parler de Fontainebleau avec madame d'Étampes, qui lui dit qu'il devrait me faire faire quelque chose de beau pour cette résidence. « Vous avez raison, s'écria le roi, et je veux qu'à l'instant même cela soit arrêté.» Alors il se tourna vers moi et me demanda ce qui me semblait le plus convenable pour décorer cette belle fontaine ''sic). Je développai plusieurs projets; Sa Majesté émit également son avis, puis elle me dit qu'elle voulait aller passer quinze ou vingt jours à Saint-Germain-en-Laye, à quatre lieues de Paris, et que pendant ce temps-là je lui fisse pour sa belle fontaine {sic< un modèle aussi riche que possible, parce que c'était l'endroit de son royaume qui lui plaisait le plus. Enfin, Sa Majesté m'ordonna et me pria de n'épargner aucun ettbrt pour produire quelque chose de beau. Je le lui promis.
En voyant combien étaient avancés les nombreux ouvrages dont j'étais entouré, le roi dit à madame d'Étampes : « Jamais artiste ne m'a été aussi agréable et n'a plus mérité d'être récompensé que celui-là. Il faut penser à le fixer près de nous. C.omme il dépense beaucoup et qu'il est bon vivant et grand travailleur, il est de toute nécessité que nous songions à lui; car, remarquez-le, madame, toutes les fois qu'il est venu à la cour et que je suis